Le carton de tapisserie au XIXème Siècle

J’ai promis de travailler à la transmission des métiers de la tapisserie. Commençons : pour faire une tapisserie, il faut avant tout une image, un modèle. Ce modèle, c’est le fameux « carton » de tapisserie que l’on glisse sous la trame et dont le lissier suit le tracé au fil du tissage. Ce carton a évolué avec l’évolution du métier.
Nous allons d’abord nous intéresser au plus connu : celui du XIXème siècle.
Les modèles ont souvent été au centre de beaucoup de discussions et de débats, nous le verrons. Ils ont même parfois manqué et ont fait l’objet d’affrontement entre ateliers ou manufactures.

Les peintres :

Rapidement les manufactures ont voulu s’attacher des peintres à leur service, chacune avait donc son atelier de peintres.

Cartes Postales – Photographies d’ateliers de peintres : manufactures Danton, Rue des tanneurs et Hamot

Les Maquettes de tapisseries :

Il existe une première étape, avant de créer le carton : le dessin de petites maquettes, essais de tapisserie ou modèles de sièges. Ceux qui sont choisis par le directeur de la Manufacture ou le client seront agrandis et tissés.

Maquettes de Modèles de sièges

Maquette de tapisserie

Les cartons :

A partir des maquettes, les peintres font d’abord des dessins préparatoires à l’échelle, puis des huiles sur toile qui vont servir de modèles au carton proprement dit. Ces toiles sont reproduites à l’envers pour les préparer au tissage, sur du carton, grâce à diverses techniques : calques…
La peinture sur toile doit résister au temps pour permettre d’être à nouveau modèle.
Le carton, lui, est utilitaire : épinglé à l’envers de la trame, il subit rapidement les outrages du temps. Il n’est pas rare d’en trouver des fragments découpés, réutilisés… Il n’est pas l’œuvre, ce n’est qu’un outil, une étape et le peintre n’est qu’un intermédiaire qui ne signe que rarement son travail.

Dans les objets spécifiques à signaler, La maison Hamot avait en particulier mis au point une machine à reproduire les cartons qui a été utilisé dans d’autres ateliers.

Deux vues de la machine à reproduire les cartons chez Hamot et Danton

L’Image :

Au XIXème siècle, la tapisserie étant un produit à vendre, les manufactures cherchent des images à la mode, qui vont plaire aux clients : le carton est inspiré des grands thèmes de l’époque : Les fables de la Fontaine, le naturalisme, fleurs, animaux exotiques. ..

Le Loup et l’Agneau, Fragment de carton anonyme

Perroquets, Fragment de carton anonyme

Bouquet, carton de siège anonyme

L’époque s’inspire aussi énormément des grands peintres classiques : Boucher, Watteau, Fragonard…
Les ateliers de peintres des Manufactures regorgent de copies, gravures… et ces œuvres sont souvent déstructurées pour s’adapter aux besoins.

Un exemple : « la Poursuite » de Fragonard modifiée pour l’adapter à un dossier de siège :

« la Poursuite » par Fragonard : une toile verticale

Huile sur toile, modèle de carton de tapisserie qui reprend divers élèments de « la Poursuite » en les plaçant à l’horizontale

La position des trois femmes du carton est respectée mais le carton a été normalement réalisé à l’envers.

Le galant caché

Les amours prés d’un vase

Techniques :

La rentabilité étant déjà au cœur des Manufactures, une technique s’impose : les peintres créent des fonds avec le centre vide et des petites figures interchangeables, des pochons, que l’on épingle sur le fond.

Carton de dos de canapé dont seul le tour est peint et dans lequel on pouvait disposer diverses scènes.

Diverses petites figures utilisables sur divers fonds.

Note : Nous avons fait le choix de ne présenter que des reproductions de cartons non réentoilés et sans restauration, afin de montrer l’état réel de la plupart de ses peintures.

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