AUBUSSON 1632

L’année 1632 parlera à nombre d’Aubussonnais intéressés par leur Histoire. Il y aurait pourtant à rendre plus précise les dates de la démolition du château. Dans mon livre « La Correspondance du cardinal de Richelieu. Au faîte du pouvoir : l’année 1632 » (Paris, éditions L’Harmattan, 2007), on peut lire deux lettres adressées à Richelieu qui nous permettent de savoir qu’en Septembre-Octobre 1632, la démolition n’avait pas commencé. A la demande de Jean-Noël Saintrapt, je vous propose la lecture de ces courriers ainsi que quelques précisions sur leur auteur.

René de Voyer, comte d’Argenson (1596-1651) est d’abord conseiller d’État (1625), maître des requêtes (1628), commissaire du Roi pour la démolition de la citadelle et des fortifications de Bergerac (1629). Intendant de justice et finances en Dauphiné, il est chargé du ravitaillement des troupes de Piémont et Montferrat en 1630. Le 10 septembre 1631, il est nommé procureur général auprès de la chambre de l’Arsenal. Au début de l’année 1632, le comte d’Argenson est chargé d’instruire le procès de trois hommes, Doron, Barbier et Quesnel, auteurs de libelles diffamatoires visant Richelieu et son frère, l’archevêque de Lyon., devant la chambre de l’Arsenal. La procédure judiciaire est menée par le comte d’Argenson, procureur général auprès de la chambre de l’Arsenal, récemment créée, et peut être rapprochée de l’instruction d’un autre procès, celui du maréchal de Marillac, procès politique par excellence. En octobre, c’est encore le comte d’Argenson qui procède à l’arrestation des gentilshommes qui se sont ralliés à Monsieur pendant sa chevauchée. Certains tentent de se faire reconnaître la qualité de « domestique » pour bénéficier de l’amnistie royale. Le duc de Bellegarde, en raison de son attitude équivoque, est démis de ses biens et de son gouvernement de Bourgogne par le parlement de Dijon. Il est reconnu coupable d’avoir accueilli le duc d’Orléans dans sa province et de l’avoir suivi en Lorraine. Le malheureux n’a pourtant pas pris part à la révolte armée, il a même sollicité la clémence de son souverain et lui est resté fidèle. La répression, une fois encore, se veut exemplaire. Le gouvernement de Bourgogne est confié au prince de Condé, à qui le comte d’Argenson rend compte de ses missions.

C’est le cas pour la destruction de la forteresse d’Aubusson, jugée dangereuse en tant que place protestante, et dont l’importance stratégique est apparue plus vive encore lors de la révolte du duc d’Orléans pendant l’été 1632. Il se peut que sa destruction ait été précipitée par la volonté de Richelieu d’en finir avec ses ennemis politiques et de détruire toute forteresse qui pourrait tomber entre leurs mains ou nuire au pouvoir royal.

Deux lettres en 1632 évoquent ces épisodes :

370. Le comte d’Argenson à Richelieu. Aubusson, 13 septembre 1632.
MAE, MD France, vol. 803, f° 56. Original autographe.
Le signataire sollicite une commission pour entreprendre la destruction des fortifications d’Aubusson. Il s’apprête à instruire le procès de M. de La Motte-Tersane.

Monseigneur,
J’ay apris en passant à Tours que le prévost des mareschaux estoit allé vers Loches, pour travailler au procès du marquis de Toussy et de ses complices, suivant la commission qui luy en a esté donnée. De là, je me suis rendu à Poictiers, au jour que Monseigneur le Prince m’avoit commandé. Je l’ay suivy jusques en ce lieu d’Aubusson, où il m’a ordonné ce qu’il fault faire pour le razement du chasteau, affin de l’exécuter conformément à la volonté du Roy, dont vous luy avez escrit. Mais il sera nécessaire, s’il vous plaist, que l’on m’envoye à cete fin une commission scellée, comme j’en done advis à Monseigneur le garde des seaux. Pour les affaires de ces provinces, le bon succès des armes du Roy, qui ont commencé si heureusement en Languedoc, estouffe les mauvaises volontés de tous les mal affectionnés à son service. Le plus grand mal pour les levées s’est faict dans la Marche, et pas tant dans le Limousin, mais aucun des juges ordinaires ny des prévosts ou vice-sénéchaux n’a faict la moindre procédure ou information, de sorte qu’il nous fault entièrement commencer par informer contre eux, pour faire le procès et aux absens et aux présens. Les premiers sont en plus grand nombre, et des derniers il n’y a que La Motte-Tersane et ses compagnons qu’on dict estre revenus. Leurs amis disent que c’est par un bon repentir. Mais la vérité est contraire, je croy qu’ils n’ont peu passer. Monseigneur le Prince a commandé au prévost de Lisle, qui l’est venu trouver à Limoges, de metre garnison dans les maisons de La Motte-Tersane, et moy je commenceray de luy faire son procès et à ses complices, si tost que je seray de retour à Limoges, et continueray jusques à ce qu’il vous plaise me faire sçavoir si le Roy trouve bon que l’on laisse tous ces gens-là en repos en leur maison, où ils sont revenus après une mauvaise volonté sans effect, comme ilz le demandent. M. de Vignoles et M. de Vilemontée (1) sont demeurés à Poictiers, où nous n’avons point apris qu’aucun gentilhomme ayt quité le service de Sa Majesté que le sieur de La Noue, dans la maison duquel le prévost de Lisle a aussy mis garnison, et un nommé La Roche-Agnet, qui s’estoit ambarqué avec le marquis de Toussy. Mais de tout ce menu, M. de Nesmond vous en pourra entretenir plus particulièrement. Au reste, c’est un très grand contentement de veoir le zèle de Monseigneur le Prince au bien du service du Roy, et l’extrême passion qu’il a pour les intérests de Sa Majesté, et le repos de ces provinces, où je ne manqueray d’exécuter avec l’affection que je doibs tout ce qu’il luy a pleu me prescrire sur ce subject. Cependant, Monseigneur, s’il se présente ou vous est proposé, durant mon absence, quelque chose qui soit de ma portée ou à quoy vous me jugiez propre, je vous suplie de me faire l’honneur de croire que je ne seray jamais aultre que, Monseigneur, vostre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,
Argenson.
À Aubusson, ce 13 septembre 1632.

399. Le comte d’Argenson à Richelieu. Limoges, 3 octobre 1632.
MAE, MD France, vol. 803, f° 173. Original autographe.
Le signataire a ordonné l’arrestation de gentilshommes coupables d’avoir pris part à la révolte de Gaston d’Orléans. Il a aussi entamé des procédures judiciaires contre ceux qui l’ont suivi lors de sa chevauchée en Languedoc.

Monseigneur,Si je ne vous rendz compte aussy souvent que je le debvrois et que je le souhaiterois de tout ce que je fais icy, je vous suplie de l’atribuer au peu de commodités que je rencontre de vous escrire, et non à aucune négligence. Depuis mes dernières dépesches, que vous porta un courrier de M. de Vignoles, par lequel j’escrivis aussy plus au long de toutes choses à Monseigneur le garde des sceaux, affin de ne vous estre ennuyeux, j’ay informé icy contre force gens qui ont levé des gens de guerre sans commission du Roy et contre son service, et décrété prise de corps contre le sieur de La Motte de Tersanes et trente gentilshommes ou autres, de la Marche, du Poictou et du Limousin, qui ont esté avec luy, et ne peuvent passer le Tarn à cause de la compagnie de gensdarmes de M. le mareschal de Schomberg, qu’ils virent sur le bord et qui leur donna l’épouvante. Je pensois faire prendre un nommé Puymartin, qui estoit avec ledit sieur de La Motte, et avoit faict une compagnie de carabins. Mais je croy avoir esté trompé par quelqu’un d’icy, à qui il m’avoit fallu par nécessité confier pour m’instruire, et de qui je pense qu’il ayt eu advis de se sauver, tellement que l’on ne l’a point trouvé dans sa maison, où j’estois asseuré qu’il estoit, et le vice-sénéchal de cette ville, qui ne sert pas mal, a seulement arresté un fermier des Puymartin que je trouve avoir sollicité quelques gens d’aller avec luy et leur avoit offert de l’argent. Il le confesse par son interrogatoire, mais il dict qu’il croyoit que ledit Puymartin levast pour le Roy. Ce sera ce que nous aurons à examiner en le jugeant pour veoir quelle preuve nous en aurons ou du contraire. J’ay aussy informé desjà contre plusieurs de ceux qui ont passé en Languedoc, et continueray mes procédures contre tous pour leur faire et parfaire le procès au moins par contumaces, sans y perdre aucun temps ny cesse que je n’en aye l’ordre de Sa Majesté qu’il vous plaira me faire donner, quelque advis que l’on donne icy de divers lieux que le Roy a pardonné à tout le monde, après les submissions qui se sont faictes à tout ce qu’il luy a pleu. J’attendray ses intentions sur tout cecy, et les autres choses dont je vous ay escrit, et à Monseigneur le garde des sceaux, par mes précédentes, et que vous jugiez mériter quelque ordre nouveau, particulièrement sur les pouvoirs et commissions nécessaires pour le razement d’Aubusson, dont Monseigneur le Prince me demande compte, affin que ce que vous avez pris la peine de luy en escrire soit exécuté. Et toutes les fois qu’il vous plaira de m’honorer de vos commandemens, je recevray avec une extrême joye les occasions de pouvoir vous tesmoigner que je suis tous les jours de plus en plus, Monseigneur, vostre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,
Argenson.
Lymoges, ce 3 octobre 1632.

(1) François de Villemontée, marquis de Villemontée en 1649. Conseiller au parlement de Paris (1620), maître des requêtes (1626), intendant en Poitou (1631), et à La Rochelle (1633). Par la suite, il embrasse l’état ecclésiastique. Il est nommé évêque de Saint-Malo en 1659, et sacré en 1660. Il meurt en 1670.

 Marie-Catherine Vignal Souleyreau

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