HISTOIRE D’AUBUSSON

Dans la première période de ce site, on m’a souvent reproché une vision parcellaire de l’histoire d’Aubusson. Le fait est que ce site n’est pas un livre et que cela a toujours été mon choix que de montrer l’histoire de cette façon : la façon dont on la vit, par touches et par instants… Après tout, de part notre passage sur Terre, nous n’avons jamais de vision globale.
Ce soir, je déroge pourtant à cette règle pour vous passer un texte construit sur un document de Jean Audouze, daté de janvier 1984, et retouché par mes soins à la lumière de l’Histoire. Ce texte est justement la vision globale de l’histoire de notre ville, depuis la préhistoire jusqu’aux années 80, parce qu’en ce début d’année, envisager l’avenir doit se faire aussi à la lumière du passé.


AUBUSSON : Des origines obscures.

 L’origine d’Aubusson se perd dans la nuit des temps.

 L’occupation préhistorique est attestée par des vestiges qui ne permettent pas de préciser l’importance du peuplement.

A l’époque de la conquête des Gaules, deux légions de César auraient campé sur le plateau des Châtres et établi un castellum sur le site occupé plus tard par le château féodal, réutilisant ainsi des positions fortes des Gaulois. L’occupation gallo-romaine  est assurée. Rien ne perce la nuit mérovingienne, si ce n’est la mention de Ste Carissime, épouse d’un seigneur d’Aubusson et fondatrice du monastère de Rozeille. Encore est-ce là un texte apocryphe.

Une légende voulait que des Arabo-Berbères, de ceux d’Abd-Er-Rahman défaits à Poitiers en 732, fussent venus demander asile à Ebon, seigneur d’Aubusson et fussent, avec des femmes autochtones, à l’origine du peuplement d’une ville. On leur attribuait même l’introduction de la tapisserie – affabulation dont il ne faut rien retenir, si ce n’est le fait qu’Aubusson ait pu se trouver inclus dans l’espace sur lequel se seraient dispersés les Musulmans, battus mais toujours dangereux.

Le nom lui-même d’Aubusson est obscur. Il faut rejeter l’étymologie arabe (El boussou : le baiser), se défier de la solution gallo-romaine (à partir du nom de Personne Albucius) et préférer la solution celtique (à partir du radical ALB : lieu escarpé), déformée par la latinisation des scribes. La première mention écrite est du Xe siècle : Albuconium. D’ailleurs, si ville il y a eu auparavant, elle a dû être détruite par les Normands, qui, au siècle précédent, ravagèrent le pays, de l’océan à Bourges et à Clermont (845 et 862). De toute façon, on peut estimer que la seigneurie d’Aubusson, centrée sur une position toute militaire, a précédé l’établissement urbain.

 La première vicomté (vers 860-1260).

 A la fin du IX siècle, un membre de l’une des branches de la famille vicomtale de Limoges était seigneur d’Aubusson ; il a dû être établi vicomte d’Aubusson par Eudes, comte de Toulouse et de Limoges en 884, sous le nom de Ramnulfe Dar. En fait il se trouvait plutôt être un « vicomte de la Marche », lors du partage du comté primitif de Limoges en trois vicomtés : Marche, Tulle, Limoges. Simplement, Aubusson se trouvait être la seigneurie du titulaire de cette délégation de la puissance comtale limousine. Ainsi s’explique bien le fait que le titre de « vicomte d’Aubusson » soit apparu sur un texte de 936, avant celui de « marquis de la Marche », conféré entre 953 et 961 par le duc Guillaume III d’Aquitaine à Boson Ier, de la maison de Charroux. La première mention de « comté de la Marche » est de 1076 seulement. A ce moment, le Limousin a déjà éclaté depuis un siècle en huit et non plus trois fiefs. La vicomté d’Aubusson se comprend alors dans un sens restreint et non comme vicomté recouvrant toute la Marche primitive ; elle est cinq à six fois plus petite. Cependant, il est probable que les vicomtes d’Aubusson (sensu stricto) aient été pour un temps « marquis de la Marche ». Dans une lettre de 1170, l’évêque de Cahors écrit à l’empereur Frédéric II pour le prier de faire’ réparer la spoliation de son cousin Rainaud V « vicomte d’Aubusson, marquis de ce pays ». Et l’historien moderne se trouve bien embarrassé devant la confusion complète de titres ambigus. De plus, le processus des partitions féodales est controversé. Le partage de 884/887 en trois grandes vicomtés est même absolument refusé par R. de Lasteyrie, dès 1874 (Cf. R. B. Bautier. Mélanges offerts à H. Hemmer. Lecante 1979).

Si l’on excepte Ramnulfe ler, et Robert, antérieurs à 936, onze vicomtes se succédèrent à Aubusson entre cette date et 1260, de Rainaud Ier à Gui II. Une forteresse couronna la ville, siège d’un puissant « baron » fort indépendant du lointain souverain. Elle commandait le passage de la Creuse sur un chemin de Lyon à Limoges et à l’océan, croisant ici celui de Paris à Toulouse par Tulle et Cahors. La petite ville vivait alors du commerce, de la fabrication dés draps et cuirs et des moulins.

Les XIIe et XIIIe siècles furent la période la plus brillante et le château vicomtal reçut alors, pour chanter les charmes des vicomtesses Assalide, épouse de Gui Ier, et Marguerite, épouse de Rainaud VI, les troubadours limousins : Gui d’Ussel et ses frères, Bernard de Ventadour, Gaucelm Faidit, Jean d’Aubusson. Les vicomtes, pour leur part, s’illustraient aux Croisades : Rainaud V le Lépreux à la deuxième, Gui Ier à la troisième, Rainaud VI à celle des Albigeois. Pourtant, à l’époque de Gui 1er, la région eut à souffrir de la suzeraineté des Plantagenets (1177-1199) qui l’inondèrent de troupes racolées dans tout l’occident – Brabançons, Aragonais, Navarrais, Anglais, etc. – Les Brabançons furent bien exterminés en Combraille en 1186, mais entre cette date .et la fin du XIIe siècle, Aubusson subit trois sièges et tout le Limousin fut ravagé par les routiers de Richard Cœur-de-Lion, dont le célèbre et féroce Mercadier. En 1201, ce fut une troupe de Jean sans Terre qui dévasta le pays et prit Aubusson (4e siège en moins de 20 ans !). La désolation de leur pays n’entravait pas semble-t-il la politique de magnificence de la cour vicomtale d’Aubusson, mais le vicomte se couvrit finalement de tant de dettes que Gui II dut vendre la vicomté à son suzerain, le comte de la Marche Hugues XII de Lusignan. Celui-ci appartenait à cette puissante maison poitevine qui comptait une dynastie de rois de Chypre. Hugues XII mourut en 1270 à Tunis avec Saint-Louis. Désormais, les comtes de la Marche furent aussi seigneurs d’Aubusson. Cependant la ville avait dû obtenir une charte communale vers 1262.

 Les siècles sombres (XIVe – XVe).

 Au début du XIVe siècle, Louis de France, duc de Bourbon, comte de la Marche, épousait Marie d’Avesnes, comtesse de Hainaut. On a pensé que ce sont eux qui ont fait venir ici les tapissiers des Flandres. Ce petit fils de Saint-Louis avait parcouru les cités flamandes et avait pu être frappé par le développement « industriel » ; il s’était intéressé à la prospérité d’Aubusson et avait accordé en 1331 la confirmation des privilèges. Les tapissiers flamands et ceux d’Aubusson employaient les mêmes termes de métier. On a trouvé aussi à Aubusson des monnaies de Flandre et de Brabant. (Cf. Histoire d’Aubusson de C. Pérathon). Cependant cette introduction de la tapisserie par Louis et Marie est aujourd’hui, avec quelque raison, contestée. Le Hainaut n’est pas la Flandre ; d’autre part, ce n’est qu’en 1456 que l’on relève le premier nom assuré d’un tapissier, Jacques Bennyn à Felletin.

Le pays, loin de connaitre un bel essor artistique et artisanal, connut de façon plus certaine les horreurs de la guerre de Cent Ans. Après le désastre de Poitiers, le Prince Noir traversa la Marche en direction de l’Auvergne avec ses capitaines, dont le célèbre Jean Chandos. Il enleva le château d’Aubusson, pilla la ville et celle de Felletin (1357). Le règne de Charles V donna quelque répit à la région. Malgré tout, les reprises de la guerre ramenaient les compagnies dévastatrices des routiers, celles d’Aimerigot Marchès, de Geoffroy Tête noire, d’Arnault Albret et du Castillan Rodrigue de Villandrando, dont le passage à Aubusson en 1437 est certain. La Marche cependant ne cessera jamais sa résistance aux Anglais et aux routiers jusqu’en 1450.

Le comté da la Marche passa aux mains de Jacques d’Armagnac, comte de Castres, puis duc de Nemours. Il fit construire un important corps de logis au château d’Aubusson qui abritait les archives du comté. Devenu gouverneur de Paris, il eut l’imprudence de se faire l’adversaire de Louis XI, qui le fit arrêter, torturer et décapiter aux halles de Paris (4 Août 1477). Le terrible roi confisqua le comté qu’il donna à son gendre Pierre de Beaujeu (Il passera ensuite, en 1522 dans la maison de Bourbon, à Charles, gendre de Pierre et Anne de Beaujeu, le célèbre connétable).

 Le plus haut fait d’armes du XVe siècle.

 Cette période vit s’illustrer en Hongrie Pierre d’Aubusson (1423-1503), descendant du vicomte Rainaud VI par la branche cadette du Monteil. Il arriva dans l’ile de Rhodes, face à la côte d’Asie Mineure en1445  et en fit le bastion de la « Chrétienté ». Elu grand-maître de l’ordre de l’Hôpital de St-Jean de Jérusalem (ordre de Rhodes, puis de Malte), il fortifia l’île pour y résister avec 12000 hommes au déferlement turc. Cent mille hommes du sultan Mahomet II qui avait pris Byzance en1453 échouèrent devant le grand-maître et son frère Antoine en 1480. Le vainqueur de Rhodes, proclamé « bouclier de l’Eglise », créé cardinal, nommé légat pontifical en Asie par le pape Innocent VIII, devait prendre la tête d’une croisade de l’occident contre les turcs ; mais l’incurie et l’indignité du nouveau pape Alexandre VI Borgia, ainsi que les querelles dynastiques européennes, firent avorter le projet. Les turcs allaient reprendre l’initiative et poursuivre leur avancée en Europe jusqu’en 1699.

 Misères du XVIe siècle.

 Aubusson avait sauvé ses coutumes et ses privilèges lors de la réunion des Etats des trois ordres à Guéret (1521). A ce moment, François Ier menait la guerre contre l’Espagne et le Pape ; les populations en supportaient péniblement le coût, De plus, les « Quatre mille diables », pillards du capitaine Chaudieu, terrorisaient la Marche, (1521-1523). Après la capture du roi à Pavie (1525), les pillages, les meurtres et les viols recommencèrent.

En 1527, François 1er confisqua toutes les seigneuries du connétable de Bourbon, dont le comté de la Marche. D’abord administré au nom de la reine mère, Louise de Savoie, puis du fils du roi, Charles de France, duc d’Orléans, d’Angoulême et de Bourbon, la Marche fut réunie définitivement à la couronne.

 La province et la ville déchirées.

 Le XVIe siècle vit s’abattre sur la Marche le fléau des guerres de religion. La religion réformée fit des adeptes d’abord au sein de la noblesse locale. Aubusson et les autres forteresses passèrent de main en main. Les archives communales furent détruites (1560), puis celles du comté (1575). Les affrontements des deux partis qui ravageaient le pays plongèrent la Marche dans une terreur générale. La peste s’ajouta à ces malheurs en 1564. De plus, en 1659, les reitres et lansquenets allemands de Wolfgang de Bavière, duc de Deux-Ponts, traversèrent la province pour joindre Coligny. Malgré la faiblesse numérique des calvinistes dans la Marche, les combats s’y poursuivirent jusqu’en 1593 (abjuration d’Henri IV). L’Edit de Nantes assurait la paix en 1598.

Cependant, Pardoux Duprat avait introduit à Aubusson les idées calvinistes. La ville devint le seul important foyer huguenot de la Marche. On connaît la succession précise des pasteurs de 1563 à 1685.

Les règnes de Louis XIII et Louis XIV ébranlèrent la quiétude assurée par l’Edit de Nantes et le conseil des commissaires royaux réuni à La Souterraine (15 Septembre 1599), Dès 1614 les pères Récollets furent appelés à Aubusson. Le château, qui pouvait servir de place forte aux huguenots à une turbulente noblesse, fut rasé sur l’ordre de Richelieu (1632 ou 1633). Puis tracasseries et procès se multiplièrent. Les huguenots durent transférer leur temple hors de la ville, à Combesaude (1663). Ils subirent diverses brimades (question scolaire, enterrements réglementés, etc.). Or les lissiers les plus distingués de cette ville coupée en deux étaient protestants. A la révocation de l’Edit de Nantes (1685), les plus courageux (car c’était passible des galères) fuirent la ville et la France. Peut-être 200 passèrent en Suisse, au Danemark, en Angleterre, au Portugal, et surtout en Allemagne. Colbert avait, en 1665, fait accorder par le roi les lettres patentes portant création de la manufacture royale de tapisseries, Cette œuvre fut ruinée. La ville avait environ 4000 habitants en 1680, elle dépassait Guéret et égalait Montluçon ; elle n’en avait plus que 2100 en 1698, car si des lissiers protestants étaient partis, leurs ouvriers, y compris les catholiques, n’avaient pu généralement se maintenir à Aubusson.

 La seconde vicomté (1686-1789).

 En 1686, le titre de Vicomte d’Aubusson est rétabli par Louis XIV, contre échange de la terre et seigneurie de St-Cyr, près de Versailles, en faveur d’un descendant des anciens Aubusson par la branche cadette de la Feuillade, François III d’Aubusson, un grand personnage : maréchal de France, duc de La Feuillade et de Roannez, etc., colonel du régiment des gardes françaises, vice-roi de Sicile et pair de France (1631-1691). Ces « gens », ceux d’Aubusson comme d’ailleurs, durent hélas supporter le prix exorbitant de l’aménagement de la place des Victoires à Paris et l’érection d’une statue de Louis XIV, un monument de flatterie courtisane. Cependant, soldat courageux et talentueux, à Rethel, à St Gothard contre les turcs, à Candie et même en Sicile, l’homme a souffert, dans le souvenir de l’historien, de l’infortune militaire de son fils et successeur, Louis.

La deuxième vicomté dura un siècle (1686-1789). En fait, cette survivance féodale était un cadre vide et il est bien évident que le pouvoir réel se trouvait entre les mains des intendants et des officiers royaux. La monarchie absolue, si elle n’avait pu résoudre les invraisemblables problèmes de chevauchement des structures, avait du moins réussi sa centralisation. L’histoire d’Aubusson et de la Marche ne se sépare pas désormais du destin de la nation.

 L’éclaircie du XVIIIe siècle.

 Le redressement d’Aubusson est lent. Cependant Aubusson reçut le « peintre du roi » promis par Colbert autrefois. Les règnes de Louis XV et de Louis XVI constituent une bonne période pour le développement de la tapisserie. En 1730, Aubusson est affranchi des prérogatives des tapissiers parisiens par arrêt du conseil d’Etat. Il convenait cependant de réaliser des progrès dans la conception des cartons et l’exécution des pièces. A la fin du règne de Louis XV et sous Louis XVI, les productions d’Aubusson pouvaient être considérées comme satisfaisantes, tant en qualité qu’en quantité. Elles se vendaient dans toute l’Europe et même en Amérique. Pourtant, la condition des ouvriers demeurait très précaire, souvent à la limite des possibilités de subsistance ; mais la campagne demeurait à la merci du moindre caprice du temps, aussi l’état de tapissier paraissait-il enviable. C’est aussi l’époque où la ville s’est ouverte, a démoli ses portes et les débris de ses remparts. On couvrit même le ruisseau de la ville ; une rue neuve fut tracée par-dessus et Aubusson put bénéficier du plan de redressement des routes royales et de la migration de la route Clermont-Saintes vers le Nord.

 La révolution et le XIXe siècle.

 Dès le début de la Révolution, il apparut qu’une partie importante de la population d’Aubusson se trouvait dans la misère. Les problèmes essentiels de la ville furent toujours des problèmes de subsistances, plus que des problèmes politiques. Le département de la Creuse ne prit pas parti lors des révoltes fédéralistes des régions contre la Convention. La Terreur n’atteignit pas dans leur chair ni leur psychologie les Aubussonnais, qui n’ont jamais vu la guillotine. La Révolution ruina partiellement la tapisserie, mais les ateliers ne furent pas fermés complètement et, dès l’époque du Directoire, le tapis de pied, devenu d’usage banal, regarnit les carnets de commande.

La Révolution ruinait surtout les derniers espoirs administratifs d’Aubusson.

C’est Guéret qui devint le chef-lieu de la Creuse en 1790. Les députés de la Marche et de la Combraille avaient bien établi que, dans le cas où Guéret recevrait un tribunal supérieur aux instances des autres districts, le chef-lieu serait alternativement Guéret et Aubusson. Cette clause ne fut jamais mise en pratique et Aubusson reçut seulement l’Ecole Centrale du département (1795-1804).

Par ses fastes, l’Empire releva l’activité des tapissiers, mais priva Aubusson de tout enseignement secondaire. Le Lycée de Limoges était censé suffire aux deux départements. Guéret se dota d’un collège communal dès 1805, mais Aubusson subit une carence de 34 ans, le pensionnat ouvert en 1829 n’ayant pas été l’équivalent d’un collège de plein exercice.

La Restauration, la Monarchie de Juillet et le Second Empire, ainsi qu’une partie du temps de la IIIème République constituent une période intéressante pour le travail et le commerce de la tapisserie, mais celle-ci se sclérosa tout de même dans des reproductions trop serviles des peintures des XVIIe et XVIIIe siècles. Le tapis mécanique arriva, donnant à Aubusson une petite dimension industrielle. C’est également une période de rénovation, de construction d’immeubles et d’amélioration de la voierie.

 En 1835 fut fondée la société qui put ouvrir en 1838 le collège de plein exercice tant espéré ;

En 1884, l’école municipale créée en 1869 devint l’Ecole Nationale d’Arts Décoratifs, destinée à donner une direction artistique à l’industrie locale.

 La voie ferrée désenclava enfin la région. En 1864, elle atteignit Lavaveix ; en 1871, elle arriva à Aubusson ; dans les années 1880-82, elle franchit la Creuse et le tunnel de la Terrade, entailla la côte de St Jean pour rejoindre Felletin. En 1866, la construction de la ligne Guéret-St-Sébastien donna à Aubusson les meilleures conditions de desserte en direction de Paris. En 1905, le prolongement vers Ussel permit la desserte du camp de La Courtine créé en 1904. Cependant, la transversale ferroviaire sud-creusoise Létrade-St-Léonard (par Felletin ou Aubusson) n’eut d’existence que dans la presse et la littérature politique du temps.

 En 1913, Aubusson reçoit le président Raymond Poincaré, sous l’influence de Henry de JOUVENEL président des Syndicats d’initiative du Limousin-Périgord-Quercy. Ce dernier souhaitait ainsi promouvoir cette province par une tournée des ses grandes villes et montrer ses merveilles au Président. Le président se rendit alors en un voyage de représentation de 7 jours en automobile de Limoges à Bergerac, via Guéret, Tulle, Brive, Cahors et Périgueux du 8 au 14 septembre 1913. Le 10 Septembre, après une visite et repas à Guéret, le Président se rendit à Aubusson, via Ste Feyre, Ahun et Lavaveix où trois arcs de triomphe en son honneur avaient été dressés. Il fut reçu par le maire M. BARRABAND et toute la municipalité et visita en compagnie de son épouse l’exposition de tapisseries organisée pour l’occasion et reçu un écran Louis XIV en cadeau des fabricants d’Aubusson et Felletin. Aubusson atteignait alors son maximum de population (plus de 7200 habitants).

 Le choc du XXe siècle.

 La première guerre mondiale enleva à Aubusson l’essentiel de ses forces de travail et supprima les marchés.

Aubusson paya un énorme tribut de sang, les enfants de la ville partaient au front et, dans le même temps, le 162ème régiment d’Infanterie, pour l’essentiel des gars du Nord, de Bailleul, Verdun… était mis en dépôt dans la capitale de la Tapisserie.

Le Collège et l’école de filles sont transformés en Hôpital Militaire temporaire et les défilés de blessés amenés en train jusqu’ici deviennent lot quotidien, tout cela contribuant à rapprocher les effets de la Guerre de nos contrées.

 On dut créer des chantiers, routiers ou autres, « pour donner de l’ouvrage » et quelque secours aux familles désœuvrées des tapissiers.

 L’Entre-deux-guerres apparaît comme une ère de prospérité trompeuse. Le métier est souvent mal fait ; on alla même jusqu’à contrefaire des pièces anciennes. Cependant, le renouveau se dessinait. En 1937, appelé par François Tabard et Elle Maingonnat, Jean Lurçat arrivait à Aubusson, suivi, en 1939 par Dubreuil et Gromaire.

 

La seconde guerre mondiale est une nouvelle période de sommeil de la tapisserie. L’été 1940 vit déferler sur la ville et sa région une masse énorme de réfugiés, mêlant leur angoisse à celle des Aubussonnais qui attendaient désespérément des nouvelles de leurs soldats (tués ou prisonniers ?).

 L’usine Sallandrouze, en surplomb de la ville, fût bombardée par un avion que certaines sources donnent comme Allemand et que d’autres pensent Italien.

Le calme revenu, Aubusson fit bon accueil au Maréchal le 20 Juin 1941. Cependant, les Aubussonnais souffraient déjà cruellement de leurs divisions politiques et des privations. Le feu, malgré tout, couvait sous la cendre ; Aubusson tissait en secret la belle pièce « Liberté » de  Jean Lurçat, inspirée du poème d’Eluard.

Dès la fin de 1942, la ville connaissait elle-même l’occupation allemande ; en 1944, la reprise des opérations militaires sur le sol français amenaient ici la brigade Jesser qui affrontait les combattants de la Résistance : 68 déportés, triste record de la  Creuse, une quinzaine de fusillés pour la seule ville d’Aubusson, qui vécut un moment sous la menace d’une destruction totale et de l’exécution de plusieurs centaines d’hommes sur la place Espagne. Mieux vaut tourner rapidement la page souillée des ordures de la collaboration.

 Au lendemain de la Libération, la ville n’a plus que 5300 habitants.

 

L’époque actuelle (depuis 1945) connaît le renouvellement de l’art de la tapisserie, grâce à l’action des cartonniers et des lissiers contemporains. D’autre part, outre la tapisserie d’art et le tapis mécanique, Aubusson regroupe parmi ses activités des affaires très variées : carrière de pierres, entreprises du bâtiment, fonderies, constructions mécaniques et électriques, objets en matières plastiques, appareils pour l’alimentation, ameublement

L’activité locale vient de bénéficier de meilleures conditions de transports, par l’ouverture de la déviation à l’Est de la ville, qui dessert une petite zone industrielle près du nouveau quartier du Mont.

Aubusson a également réaménagé son tissu urbain central. Deux ponts routiers et une passerelle ont été jetés ; l’Avenue des Lissiers a été percée ; les établissements scolaires ont été rénovés ou reconstruits (Lycée, ENAD, LEP) ; un centre culturel – musée de la tapisserie a été implanté ; la rue Vieille a fait l’objet d’une réhabilitation.

Aubusson a reçu deux visites présidentielles : le Général de Gaulle (Avril 1962) et F. Mitterrand (Mai 1982).

Malgré un fléchissement démographique (6824 habitants en 1975, 6153 en 1982) et la crise de l’emploi, qui sévit ici comme partout, l’extension spatiale d’Aubusson, commencée timidement il y a seulement une trentaine d’années s’est accélérée dans les années 70 et se poursuit.

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