INAUGURATION DE L’ÉCOLE NATIONALE D’ART DÉCORATIF A AUBUSSON – 1884

Nous avons lu il y a quelques jours l’article du COURRIER DE L’ART du 27 Juin 1884 sur la situation de la tapisserie d’Aubusson. Le discours du sous-préfet de l’époque a eu un effet rapide puisque le 05 Septembre 1884, l’État prenait à sa charge la formation des tapissiers en transformant la petite école de dessin industriel locale en École Nationale d’Art Décoratif au même titre et en même temps que celle de Limoges et Paris.

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INAUGURATION DE L’ÉCOLE NATIONALE D’ART DÉCORATIF A AUBUSSON

Le dimanche 26 août a eu lieu à Aubusson une cérémonie très importante pour les progrès de l’art industriel en France : il s’agit de l’inauguration de l’École nationale d’Art décoratif, destinée à maintenir les grandes traditions artistiques dans la fabrication des tapisseries d’Aubusson.

Cette épithète de nationale, surprendra probablement bien des gens, tout le monde, ou peu s’en faut, croyant que les tapisseries d’Aubusson, dont le renom est universel, proviennent de manufactures de l’État, comme celles de Beauvais et des Gobelins. Tout au contraire, il n’y a que des fabriques particulières à Aubusson et, jusqu’à cette année, l’État restait complètement étranger à tous les produits d’art si remarquables de cette ville.

En 1869, la ville d’Aubusson avait établi une petite école de dessin industriel, qui comptait à peine trente élèves, qui devint une école des Beaux-Arts en 1881 avec plus de cent élèves, et qui aujourd’hui n’en compte pas moins de trois cents. Depuis longtemps on demandait que cette école, si importante à tous égards, devînt une école nationale au lieu de rester aux frais de la ville d’Aubusson, qui n’y suffisait pas; mais cette demande était toujours repoussée et n’aurait jamais abouti sans le zèle et l’obstination du sous-préfet actuel, M. Léopold Gravier, qui se voua à cette généreuse entreprise avec une infatigable activité. Lors de l’enquête sur les industries d’art en France, il vint faire à Paris une déposition qui fit sensation dans le monde des arts industriels et dont nous avons donné ici même un passage essentiel.

Nous exprimions alors (n° du 27 juin 1884) le vœu que cette déposition remarquable produisît un effet tangible.
Elle a eu un effet immédiat et excellent, qui a été de faire ériger en École nationale d’art décoratif l’ancienne petite école de dessin industriel d’Aubusson. La cérémonie, organisée en grande pompe, a eu lieu le dimanche 20 aout et M Léopold Gravier a été naturellement le héros de la fête. Après une élégante allocution de M. Teisserenc de Bort présidant la cérémonie, après de chaudes félicitations adressées à M. Léopold Gravier par l’inspecteur général représentant le ministre des Beaux-Arts, après un discours très nourri de M. Léopold Gravier et dont toute la partie historique serait à citer, il s’est produit un incident qui, selon l’heureuse expression de M. Teisserenc de Bort, est aussi honorable « pour ceux qui en ont pris l’initiative que pour ceux qui en ont été l’objet. »

Le président du conseil des prud’hommes, assisté des ouvriers délégués par les diverses fabriques d’Aubusson, a remis au député de l’arrondissement, M. Mazeron, et à M. Léopold Gravier, deux médailles d’or portant cette mention : « Les ouvriers d’Aubusson reconnaissants. » Et leur reconnaissance était d’autant plus de saison que M. Léopold Gravier, usant de son influence bien légitime en pareil jour, venait de faire décorer de la Légion d’honneur un des leurs, un simple ouvrier tapissier du nom de Michel Doumet.

Est-il besoin d’ajouter que la remise de ces deux médailles et de cette décoration a soulevé d’unanimes applaudissements ? Et maintenant que voilà l’École nationale d’Aubusson fondée en grande partie par le zèle intelligent d’un simple sous-préfet, attendons l’administration à l’œuvre et voyons ce qu’elle saura faire avec un établissement de cette importance à sa disposition. Cette glorieuse industrie française de la tapisserie à la main est en souffrance : il faut savoir la faire refleurir.

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