« La crise de l’Aubusson » Bulletin de la vie artistique – 15 février 1923

Nous avons vu il y a peu un article du Bulletin de la vie artistique de 1922 qui cherchait des pistes pour tisser de nouveaux peintres. Dans un numéro de la même revue, on attire l’attention sur une proposition de loi plutôt protectionniste de la part des élus creusois de l’époque : Augmenter les droits de douanes sur les tapis d’Orient et exonérer les tapis de luxe français. L’auteur de l’article ne signe que d’un T. car ses doutes sur la réussite d’une telle entreprise aurait surement pu lui attirer quelques inimitiés.

La crise de l’Aubusson 

MM. Binet, Connevot et Judet, députés, ont déposé une proposition de loi ayant pour objet de remédier à la crise qui sévit dans l’industrie des tapis d’Aubusson. 

En 1914, Aubusson comptait 1,200 ouvriers ; il n’y en avait plus, en 1922, que 600, dont le travail était réduit à six heures par jour. 

Les auteurs de la proposition demandent que les droits de douane sur les tapis d’Orient soient augmentés et que l’on exonère de la taxe de luxe les tapis français. Car ils attribuent la crise de l’Aubusson à la concurrence des tapis exotiques, mis à la mode, disent-ils, par les grands magasins, et fabriqués en des pays où la main-d’oeuvre est à vil prix. Ils souhaiteraient que les produits français, et d’abord l’Aubusson, fussent un peu mieux recommandés au goût public. 

Rappelons, à ce propos, qu’Aubusson compte vingt fabriques, où chaque ouvrier produit en moyenne, en son année, environ dix mètres carrés de tapisserie de basse lisse : « pour partie, répliques ou démarquages de verdures ou tentures à personnages, anciennes, et pour le reste, répliques ou démarquages de meubles des XVIIe et XVIIIe siècles », dit M. A.-Marius Martin, directeur de l’école nationale aubussonnaise d’art décoratif. Or, cette production —- sauf pour les modèles qui appellent une exécution extrêmement fine ;— est notablement inférieure à celle des ouvriers orientaux. On peut donc se demander si la seule élévation des droits de douane suffirait à rétablir l’équilibre entre les prix de revient des tapis d’Aubusson et ceux des tapis d’Orient. La 
proposition de loi de MM. Binet, Connevot et Judet nous laisse, dès lors, assez sceptiques.  

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