Une leçon de Twitter sur la pollution numérique

Vous le savez si vous suivez mon blog, je suis formateur, entre autres en usages du numérique. Je teste, expérimente des outils, je suis et construit des formations en ligne et parfois, certains usages m’échappent. J’ai dit il y a peu que j’utilisais Twitter à des fins de veille sur la formation et comme réseau d’échanges. Il m’arrive aussi parfois de l’utiliser pour réagir plus spontanément à des choses qui m’interpellent.

Mardi dernier, je râlais après le manque de place de mon disque dur et mon fils a réagi en me disant de virer mes mails, qu’en plus je faisais oeuvre écologique. Il me montre un article dans la foulée qui titrait “939 mails non lus? Pour sauver la planète, commencez par nettoyer vos boîtes”. Dans nos élucubrations habituelles, on a de suite commencé à calculer combien il faudrait effacer de mails pour sauver un pingouin. On a trouvé ça tellement marquant comme idée que faire un tweet avec le Hashtag #SauverUnPingouin m’a paru amusant. D’habitude, j’ai une petite communauté qui me lit et je savais que ça les ferait rire en plus de les interpeller. Je lance donc le tweet suivant :
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1 : La capacité de relais

Et là, même si j’avais conscience d’être sur un sujet sensible, la pollution numérique et nos comportements d’usages, il se passe ce que je n’avais personnellement jamais vu : Twitter s’empare du message et le relaye dans toutes les sphères, des journalistes, et pas des moindres, retweettent même. Dans l’après-midi, le tweet passe les 100 partages.
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2 : La veille collective

En fait, contrairement à ce que l’on pense, si l’on a pas créé une bulle de filtre trop imperméable, c’est assez compliqué de raconter réellement n’importe quoi sur un réseau comme Twitter : rapidement des personnes m’interpellent sur les chiffres. Tout le monde a compris qu’on ne sauvera pas un pingouin avec quelques mails effacés mais la pollution numérique est un sujet sérieux. Certains, à la recherche d’une transmission sérieuse auprès d’enfants par exemple, demandent des preuves, des sources. Les liens proposés, même s’ils ne prouvent pas mes chiffres à la louche, parlent quand même d’ordres de grandeur effarants : “Le numérique représente plutôt 4 % des émissions de gaz à effet de serre, et 5,6 % des émissions de CO2“.

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Eric Durand de la Quincaillerie Numérique m’envoie vers CleanFox, un outil d’effacement qui propose deux sources : un rapport de l’Ademe et un reportage d’Arte. Cela reste trouble. Les chiffres posent questions. Comment peut-on aujourd’hui évaluer l’impact des divers usages du numérique ? Comment chiffrer précisément des comportements variables ?
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Douter sur internet, c’est vital et ceux qui le font en proposant des liens, en argumentant sont la preuve d’une réelle mise en oeuvre d’intelligence collective (Merci à vous !). Mon tweet à la louche me donne une fois de plus des raisons d’espérer en Internet.
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Sur les chiffres et les points de vue, visiblement en plus ils évoluent : En octobre 2010, The Guardian minimisait l’impact d’un mail. 7 ans plus tard, en février 2017, The Independant citait un ouvrage de Mike Berners-Lee, expert en empreinte carbone, publié en 2010 dans How Bad are Bananas: l’empreinte carbone de tout, ” Selon ce livre, un e-mail normal a une empreinte de 4g de CO2e, ce qui représente l’énergie nécessaire aux centres de données et aux ordinateurs pour l’envoi, le filtrage et la lecture de messages. Un e-mail avec une “pièce jointe longue et fastidieuse” peut avoir une empreinte carbone de 50g CO2e.” 

De 4 à 50 g de CO2, l’idée est là : l’envoi, le partage, le stockage de mails, entre autres, entraîne une dépense d’énergie qui pollue de toute façon et nos façons de faire ne vont, là non plus, pas dans le sens d’un mieux. L’infobésité nous pousse à stocker toujours plus. Certains, dans la discussion, vont même jusqu’à craindre qu’il y ait trop de pingouins s’ils nettoient leur boite mail 😉

3. La capacité à agir

Douter sur les chiffres, c’est bien. Etre conscient du problème et agir, c’est mieux : Le lendemain, c’est plus de 200 partages, un nombre impressionnant de vues  (qui correspond à 1/3 des habitants de mon département, la Creuse 😉 ). Certains annoncent avoir effacé des centaines, des milliers de mails. On se retrouve nombreux avec la prise de conscience que si chacun a fait ce nettoyage de printemps, nous venons d’avoir une action “goutte d’eau” peut-être mais c’est aussi ce qui fait les grandes rivières.
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4. L’humain d’abord

Ah oui, j’ai dit que tout avait commencé parce que je râlais 😉 Evidemment, on est sur Twitter alors ces échanges conscients, drôles et productifs ont été rattrapés par les haters habituels, profil à un ou deux abonnés, qui n’ont pas manqué d’intervenir, le lendemain, genre après la bataille, sans arguments, sans question, avec leurs certitudes et la grande pertinence auquel on peut s’attendre 😉

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Tout ceci est évidemment dérisoire face aux partages de la dernière photo de je ne sais quelle influenceuse à la mode mais cela m’a paru une belle possibilité d’analyse d’un usage de réseau social, très spontanée et assez étonnante pour en relayer le contenu.

Un commentaire


  1. je suis étonné par votre petite histoire !! vous avez fait un buzz “spontané” comme vous dites ! sinon merci pour la prise de conscience je vais effacer mes mail :p que les chiffres soit juste ou pas l’impact sur l’écologie est évident .

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