La vidéo pédagogique

Suite de mes réflexions sur les outils : après les Quiz, un point sur la vidéo, un des nouveaux outils pédagogiques en vogue. Sur les MOOC, c’est le principal vecteur de savoir. On pourrait pourtant se demander si elle n’est parfois pas là pour flatter l’ego d’enseignants habitués à être le centre de l’attention.

Le métier d’enseignant évolue. Internet aussi. Au départ (je vous parle d’un temps que les moins de …), on communiquait en asynchrone en texte brut, puis en synchrone. Ensuite l’image fixe arrive, toujours sur le même schéma d’abord asynchrone puis synchrone, le son et enfin l’image en mouvement : la vidéo d’abord téléchargeable ou visionnable (streaming) puis en direct (Skype, Hangout, etc.). A chaque évolution, l’enseignant doit s’approprier la palette d’outils accompagnant ces évolutions.

Concevoir des scénarios de formation en ligne implique donc l’utilisation d’outils que l’on ne maîtrise pas toujours de prime abord : Réaliser une vidéo, c’est un métier. Il faut gérer le sujet, la lumière, la prise de vue, etc. et la personne qui visionne est aujourd’hui de plus en plus exigeante car l’œil est formé par la multitude d’images véhiculées par la télévision entre autres.

Se contenter de « vidéo de garage », réalisée avec son téléphone dans une salle de cours, c’est donner immédiatement un côté amateur à sa transmission. Dans le cadre du MOOCAZ 1, je me rappelle des apports de Mathieu Cisel face à cette problématique : le choix d’un studio pro, et donc d’une réponse technique institutionnelle, était une évidence. Aujourd’hui, la qualité de certains appareils semi-professionnels permet de belles réalisations en individuel.

Sur le plan technique, il y a donc de bonnes questions à se poser : matériel utilisé, environnement, mais c’est surtout le sujet qui va poser question.

En ce qui concerne ce sujet et son contexte d’utilisation, il y a plusieurs cas de figure :

  1. La vidéo filme l’enseignant

Transmettre un savoir, une connaissance passe souvent par la place de celui qui maîtrise ce savoir. Le côté quasi-médiatique de l’enseignant expert pose les bases de vidéos pédagogiques où le sujet est cet enseignant. Filmé en conférence, en cours en situation ou pour des vidéos destinées à la formation en ligne, on trouve d’innombrables séquences d’enseignants en plan plus ou moins serré.

Quelle est la plus-value par rapport à de l’audio ou du texte ?

Si j’en juge mon usage d’apprenant, notamment sur les MOOC où la vidéo est régulièrement utilisée pour filmer l’expert en train de parler, je suis souvent tenté de récupérer le texte de ces vidéos et de travailler à partir de cela. Visionner la vidéo me paraît une perte de temps, mon analyse textuelle étant plus rapide.

Il y a là peut-être une question de culture, une question d’âge. La vidéo n’est pas un outil naturel pour moi. Comme je ne me verrais pas me filmer pour présenter un cours, je ne vois pas la plus-value d’un film de professeur. C’est quand même à moduler selon la personne : pour donner une image, je dirais que j’aime lire Kérouac et j’aime aussi entendre Kérouac, j’aime Gainsbourg et j’aime aussi voir Gainsbourg. Certaines vidéos d’enseignants ou de « transmetteurs » sont de purs moments d’histoire et, en ce sens, plus qu’estimables.

Je suis aussi confronté à une question d’usage. On sait que la vidéo est un outil nomade par excellence. A visionner n’importe où sur son portable ou téléphone, elle déstructure et élargit les conditions d’enseignement. Dans ce cadre, je crois quand même qu’il faut être méfiant et utiliser à bon escient des outils d’évaluation d’acquis. Le zapping de l’apprenant en mobilité sur des vidéos pédagogiques est loin d’être garant de maitrise de savoir.

Il y a pourtant des cas où la vidéo est un apport nouveau qui peut s’avérer essentiel.

  1. La vidéo filme une technique

Expliquer sur papier une façon de faire est un travail fastidieux. Découper un process étape par étape, s’assurer que l’ordre des étapes sera respecté, que chaque d’elle sera comprise avec la seule aide textuelle ou audio relève parfois de l’empirique. S’assurer que cette compréhension soit la même pour et par tous est juste une gageure.

La vidéo, c’est mettre en situation d’apprenti mais à distance : pour peu que la réalisation soit maîtrisée, on vous montre réellement comment faire. Le mimétisme propre à tout apprentissage technique peut alors jouer son rôle naturel. Reproduire devient possible et pour le plus grand nombre. Pour preuve, les vidéos de bricolage, portées par des enseignes de grande distribution de matériaux, qui sont un bel indicateur de succès de ce principe.

La vidéo permet de revoir à l’infini, de visionner à son rythme en ralentissant, stoppant au besoin. Cela prend en compte la notion de différenciation.

  1. La vidéo est document

Dans le cadre de mes cours d’histoire et notamment d’histoire de l’art, je me sers énormément de vidéos. Ces vidéos documents ont le mérite de mettre dans un contexte temporel différent, de donner la parole à des experts parfois disparus ou de faire resurgir des méthodes d’un autre temps. Point de comparaison idéal avec notre époque, des sites généralistes comme l’INA ou thématiques comme canal éducatif sont des mines de sources pédagogiques.

  1. La vidéo présente le contexte d’apprentissage

Les formations étant des produits (Aïe !!), elles utilisent des techniques marketing. Chaque MOOC lancé a sa bande-annonce, son teasing. C’est un point d’accroche pour nombre d’apprenants mais c’est aussi une pratique développée dans le cadre du transcanal.

  1. Le transcanal justifie l’utilisation de la vidéo

Si l’on suit les préceptes de Resmini et Rossetti, le transcanal est la norme pour véhiculer les données aujourd’hui. Ce transcanal est par essence multi-support et la vidéo s’inscrit dans ces supports. Se passer d’un média, c’est rompre avec le panel des possibilités pour atteindre un apprenant et l’on sait que plus les moyens sont larges, plus on a de chances d’atteindre son but.

Dans le cadre de la formation, transmettre un savoir ou un savoir-faire réclame la mise en œuvre de tous les moyens possibles, notamment les moyens les plus en vogue et ceux qui sont utilisés à d’autres fins (ludiques dans le cas de la vidéo) par nos apprenants.

Il nous restera à explorer la vidéo synchrone en formation, sorte de « présentiel à distance » pour lequel je ferais un billet à part.

Lien à lire en complément :

Capsules vidéos pédagogiques : bonnes pratiques

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