L’Internet sans Internet : l’art de stocker le monde 

Imaginez un monde où le Wi-Fi s’est fait la malle, où la 5G n’est qu’un lointain souvenir urbain, mais où vous pouvez encore contredire votre beau-frère sur la date de naissance de Charlemagne. Ben, bienvenue dans l’univers de la documentation réseau locale.

Le jour où le nuage a crevé

Nous avons développé une confiance un peu aveugle dans le fameux “Cloud”. C’est un concept poétique pour désigner les ordinateurs de quelques milliardaires parasites situés en Virginie ou en Irlande. On part tous du principe absolu que la connaissance humaine est disponible en trois clics, tout le temps, partout, sans effort et l’IA renforce ce qui est une sorte de fait.

Sauf que le jour où le câble sous-marin est grignoté par un requin de mauvaise humeur (Requin  par exemple élevé par une quelconque puissance hostile), ou que votre opérateur décide que votre facture a deux jours de retard, le nuage s’évapore instantanément. On se retrouve alors seul face à son écran noir, soudainement incapable de réparer une bête chasse d’eau ou de vérifier si le concombre est botaniquement un fruit (Comment ça ?!! un fruit ?! ).

C’est là qu’intervient Kiwix. Ce projet un peu fou, logé sur kiwix.org, s’est donné pour mission de compresser le savoir du web pour le faire tenir directement sur vos disques durs. On ne parle pas d’un bête dictionnaire de poche, mais d’aspirer des morceaux entiers de notre civilisation numérique pour pouvoir les consulter sans aucune prise réseau.

Kiwix, c’est en somme une capsule temporelle pour technophiles prévoyants, un navigateur web qui n’a besoin d’aucune prise réseau pour vous afficher la page demandée.

L’intérêt vital d’avoir sa propre bibliothèque

Avoir une documentation en local, c’est s’offrir le luxe de la vitesse absolue et d’une souveraineté intellectuelle totale. Plus de temps de chargement, plus de serveurs en panne, plus de traqueurs publicitaires qui analysent vos angoisses médicales à trois heures du matin, et surtout, une immunité complète contre la censure.

Pour une école isolée, c’est une révolution discrète mais massive. On installe Kiwix sur un vieux PC de récupération au fond de la classe, et les élèves ont soudainement accès à une mine d’or sans qu’il soit nécessaire de payer un abonnement satellite hors de prix ou de fliquer les connexions pour éviter les dérives du web ouvert (Spécial dédicace au pare-feu du Rectorat).

Une association ou une communauté locale y trouvera exactement le même compte. Disposer d’un serveur de documents hors ligne dans un centre social, c’est garantir que les savoirs de base, qu’ils soient administratifs, médicaux ou techniques, restent accessibles à tous les membres, même si le quartier subit les caprices d’une infrastructure défaillante ou d’un réseau électrique instable (ou d’un choix politique local ? Oh ben non !!!). Pour une entreprise, c’est aussi la possibilité de veiller à sa cybersécurité en n’exposant pas aux internets mondiaux sa documentation propre.

Qu’est-ce qu’on met dans la boîte ?

Le catalogue de Kiwix ressemble à l’inventaire d’une bibliothèque d’Alexandrie moderne qui aurait fusionné avec un gros disque dur externe. Le gros morceau reste évidemment Wikipédia, disponible en intégralité, en plusieurs langues, avec ou sans les images selon l’espace dont vous disposez. Mettre l’encyclopédie sur son ordinateur personnel, c’est vraiment là que l’on comprend la puissance du libre.

On peut y ajouter le Projet Gutenberg pour stocker des dizaines de milliers de classiques de la littérature tombés dans le domaine public. De quoi survivre à plusieurs siècles de confinement ou à un très long trajet en train sans jamais manquer de lecture.

Les amateurs de bidouille y glisseront les célèbres guides de WikiHow pour apprendre à survivre en forêt ou à changer un alternateur. On y trouve aussi les conférences TED pour stimuler ses neurones, ou l’intégralité des cours de la Khan Academy pour faire réviser les maths aux enfants sans qu’ils ne finissent sur YouTube.

L’autonomie intellectuelle à portée de clic

La démarche peut sembler un poil survivaliste ou légèrement paranoïaque au premier abord, elle est en réalité profondément pragmatique. Installer ce genre d’outil, c’est acter le fait que le réseau mondial est un privilège fragile, alors que la connaissance devrait être un acquis solide et inaltérable.

Une simple clé USB de bonne capacité ou un vieil ordinateur recyclé peut aujourd’hui abriter de quoi éduquer une génération ou sauver un après-midi complet de panne générale de réseau. C’est entièrement gratuit, c’est open-source, et cela redonne enfin un sens très concret à l’expression “avoir de la ressource“.

Et techniquement, on fait comment ?

Alors personnellement, j’installe Kiwix sur un serveur (On en reparle bientôt). Cela permet de connecter tous les ordinateurs de la maison, ou ceux de mes formations, à mes applications dont la documentation sur Kiwix. Ensuite j’ajoute les fameux fichiers .ZIM qui peuvent contenir des sites internet entiers. C’est encore un peu le bazar pour les fabriquer mais on en trouve des tas et notamment des sites web les plus importants : Wikipédia, Gutenberg, etc.

Et je trouve les fichiers ZIM où ?

Vous pouvez trouver des sauvegardes de Wikipédia au format ZIM sur Wikimédia directement :

https://dumps.wikimedia.org/kiwix/zim/wikipedia/

Le catalogue officiel de fichiers ZIM sur le site de Kiwix, sur lequel vous trouverez de nombreuses ressources classé par langues : TEDx, Khan Academy, WikiHow, Gutenberg, etc.

https://browse.library.kiwix.org/#lang=fr

Et une série de sites miroirs (Le catalogue officiel est parfois en maintenance)

Sur la Wayback Machine, vous avez les anciennes versions de certains fichiers ZIM

https://archive.org/details/zimarchive?and%5B%5D=language%3A%22French%22

Et enfin un projet qui stocke les cartes d’OpenStreetMaps sur un fichier ZIM. Vous pouvez télécharger le continent ou pays qui vous intéresse, c’est juste très lent.

https://streetzim.web.app/

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