Bilan du MOOC « l’innovation pédagogique dont vous êtes le héros »

Comme prévu, j’ai suivi le MOOC « l’innovation pédagogique dont vous êtes le héros » de l’Université de Mons (Belgique) du 31 octobre à aujourd’hui, sur la plateforme FUN. C’est donc une forme connue, sur EdX, avec une proposition minimaliste au départ  : seuls les onglets Cours | Infos du cours | Discussion sont actifs. Malgré un découpage hebdomadaire, la totalité du cours est accessible.

Minimaliste dans la forme mais pas dans le contenu. En effet, le Mooc débute par une évaluation diagnostique pas piquée des vers. Pour quelqu’un comme moi qui est résolument dans la pratique, ce type de Mooc bouscule pas mal les fondamentaux. Je me suis juste retrouvé face à un constat de méconnaissance scientifique assez troublant : soit ce Mooc n’était pas pour moi, formateur d’adultes qui a construit ses compétences sur l’expérience mais pour de jeunes pédagogues en formation (Le MOOC compte dans le cursus universitaire de l’UMons), soit il me manquait quelques références …

Le Umooc paraît justement être une remédiation dans ce cas puisqu’il prévoit un test de fin de Mooc qui permettra de mesurer les acquis.

Pour aller au fond du problème, je poursuis : la semaine 1 est donc consacrée aux présentations sur le fil de discussion du Mooc. J’y pose ma patte avec un commentaire intitulé « Mooceur alternatif » , histoire d’interpeller, ce qui va marcher puisque c’est le deuxième fil en nombre d’interventions.

L’idée étant de faire des choix d’axes d’activités et de posture, je signale que je vais travailler seul – le Mooc donne soit la possibilité d’avancer en groupe, soit seul –  et autour de la formation d’adultes et du numérique à distance. C’était sans compter que les Moocs, c’est le royaume du « j’ai prévu ça et je fais autre chose » : Il se trouve que quelques personnes interviennent sur ce fil de discussion et proposent de rejoindre ma thématique floue de départ. Par un prompt renfort, de seul, je passe à un groupe de 5 personnes et nos échanges affinent la thématique vers « Construire un scénario pédagogique incluant gamification, classe inversée et présentiel avec comme thématique la formation à la création d’une revue« . De quoi explorer plusieurs cibles et possibilités d’innovations avec déjà quelques bonnes pratiques dans le titre.

Sur chaque module, le travail demandé est très organisé (suivre les capsules, répondre au quiz et, par groupe, rechercher, identifier une ressource) mais on en ressort avec une impression brouillonne, de complications inutiles, voire excluantes :  d’abord, il me parait y avoir trop de lieux pour tout suivre : FUN, les capsules sur Office Mix, les dépôts sur Dropbox et Google Sheets, des formulaires sur Google forms, les échanges avec l’équipe sur Facebook, les discussions de groupe ailleurs … ensuite la profusion d’outils proposés à chaque module peut être perturbante, d’autant qu’ils ne sont pas toujours testés et créent soit des problèmes de format d’exportations, soit de versions gratuites trop limitées (Comme j’ai testé pas mal de choses, j’y consacrerais un article par module afin d’exposer quelques bonnes pratiques et outils selon le contexte d’usage dans des articles à venir). En fin de Mooc, cette impression s’atténue car la richesse des propositions est telle que c’est un vrai plus.

Après la semaine de présentation, le premier module de cours est consacrée à de la théorie pure, couplée à une bonne dose de statistiques, de calculs, etc. Décidément ce Mooc a tout pour me rebuter d’entrée …

Module 1. Que nous dit la méga-analyse de John Hattie ?

Après avoir suivi les capsules sur la méta-analyse de Hattie et compris la notion de taille d’effets des facteurs de réussite scolaire (à lire complet en anglais ici ou en français résumé ), le but était de rechercher, identifier par groupe une (seule) ressource relative aux méta (méga)-analyse selon Hattie.

Afin d’éclairer nos choix, nos discussions se délocalisent sur un Framavox ouvert par une des membres de notre groupe. Je n’utilise pas ces outils, c’est un moyen de tester. Cela permet de structurer les discussions et propositions par modules. Ce système est pourtant paradoxal car s’il facilite la communication du groupe, j’ai trouvé dommage de ne pas avoir accès aux travaux des autres groupes. Certains s’orientent vers l’usages de forums, d’autres de messageries… à ce que l’on voit sur Facebook, une grande part des inscrits est de l’université de Mons pour lequel le Mooc compte dans l’évaluation de l’année, cela doit faciliter les échanges.

Pour ma part et afin de rendre nos travaux publics, je crée une page facebook au nom du UMOOC-Groupe 226.

Dans l’enthousiasme de ce début de Mooc, une grosse recherche documentaire est engagée et diverses visions sont proposés. Afin d’aider à comprendre l’esprit, face à d’innombrables ressources en anglais, je propose un entretien avec Hattie, traduit en français, qui reprend 8 de ses principes en les commentant. Mais, après avoir déclaré notre intérêt pour ce graphique qui reprend les démarches et leurs tailles d’effet, une des membres pose la ressource suivante au nom du groupe 226 : visuel, facile à comprendre, ça me va pour un début.

Module 2. Quels principes pédagogiques pour des supports d’apprentissage efficaces ?

C’est là que les choses dérapent. Pas mal occupé professionnellement sur un beau projet en appel d’offre et en train de tenter de suivre le MOOC Classe Inversé, j’ai moins de temps à consacrer au Umooc. Je me dis que mon équipe va avancer et que j’aurais toujours le temps de rattraper plus tard. Silence donc cette troisième semaine et la suivante..

Du 20 Novembre au 11 Décembre, je suis en sommeil sur le UMooc. De retour le dimanche 11, je me rends compte que tout mon groupe a fait pareil. Gros retard à rattraper, dans la situation que j’avais posé au départ : seul et juste 15 jours pour boucler un MOOC challenge pour moi. S’il y a bien des conditions dans lesquelles les choses m’amusent, c’est celles-là : c’est impossible donc il n’y a plus d’enjeu et du coup, tentons d’en tirer le meilleur…

La semaine 2 est consacrée aux principes de Mayer : Richard Mayer, psychologue américain et chercheur à l’Université de Californie, développe depuis 2001 un concept scientifique intéressant : la théorie cognitive de l’apprentissage multimédia. Ce concept met en évidence 10 principes pédagogiques essentiels pour éviter la surcharge cognitive lors de l’usage de supports multimédias. On peut trouver de quoi comprendre l’application de ces principes ici ou . Même si j’avais déjà vu une partie de ces principes, dans la cadre de la création de capsules vidéo par exemple, c’est une belle ressource qui permet de vérifier que l’on met en oeuvre des formations à distance efficaces.

Pour rester sur un travail d’équipe et répondre à la demande de ce module (identifier un média qui intègre au moins deux principes de Mayer et justifier ces identifications), je dépose une ressource signalée par une collègue du groupe 226 : mise en forme en PDF avec Word d’un lien vers une vidéo Youtube, épisode 26 de la série « Il était une fois… Les Explorateurs » avec une analyse des principes de Mayer retenus pour cette vidéo (PDF à lire ici). L’évaluation par les pairs me demande si cela « respecte réellement le principe de cohérence ? Par définition, ils comportent beaucoup d’éléments distracteurs par rapport aux connaissances visées, du fait des nécessités du scénario, des personnages à typer, des décors. » Pas faux mais l’urgence d’avancer me fait rester sur ma position, le Mooc demande deux principes : avec cette vidéo, j’en ai exploré 10.

J’ai parlé d’évaluation par les pairs. Le Mooc demande, à chaque module, que l’on analyse les propositions de deux autres groupes et que l’on donne notre avis sur la cohérence avec la demande. Un accès à un Google Sheet reprenant des liens vers les propositions, par module, permet de les transmettre à tous. Je joue le hasard en cliquant sur certains non évalués. J’évalue avec bienveillance et j’essaye chaque fois de trouver quelques pistes d’amélioration, sans grande difficulté, les travaux me paraissent moins aboutis que ce que je visais au départ.

Module 3. Comment structurer l’activité d’apprentissage de l’élève ?

Parlons taxonomie et innovation. Oui je sais, même si c’est bon de rappeler son usage, la taxonomie de Bloom, c’est pas nouveau, on utilise ça depuis longtemps (voire très longtemps dans mon cas…). Par contre, structurer les tâches que le formateur propose, c’est toujours essentiel. Les capsules pédagogiques du Umooc proposent divers types de taxonomies et focalisent l’activité sur la capacité de croiser les processus cognitifs de la taxonomie de Bloom avec les types de connaissances.  J’ai proposé dans la foulée une structuration de diverses activités sur notre thématique : « la rédaction d’un article de revue »  au cours desquelles les apprenants sont amenés à mettre en œuvre une lecture de découverte des éléments constitutifs d’un article de journal puis à choisir un sujet et à rédiger un article en tenant compte des éléments découverts au préalable.

bloomsavoirs

Si cette structuration vous intéresse, vous pouvez utiliser ce tableau exemple, très beau travail facilitant.

Sur le plan collaboratif, je suis parti sur l’idée que je reprenais le Mooc seul et donc j’ai avancé les rendus des deux semaines. Dans l’équipe constituée, il y avait une de mes stagiaires ex-formatrice,  elle a aussi repris le Mooc et a proposé un travail alterné : j’avais fait les rendus des modules 2 et 3, elle faisait les 4 et 5.

Module 4. Comment développer un environnement d’apprentissage collaboratif efficace ?

Ce module avait pouvoir objectif de découvrir les conditions d’efficacité dans lesquelles le travail collaboratif s’avère efficace, dans lesquelles l’intelligence collective peut se développer, ainsi que leurs effets positifs et négatifs dans notre société. Il était basé entre autre sur les « Orchestration Graphs » de Pierre Dillenbourg, notamment la page 16 de ce pdf, scénario pédagogique construit comme un graphique d’interactions entre l’individu, le groupe, la classe …

Sur le plan collaboratif, selon la répartition des tâches définie au préalable, je n’ai fait que partager des exemples tirés du MOOC sur le framavox d’échanges afin de faciliter la compréhension du travail à réaliser (une des membres du groupe n’avait pas accès à la dropbox de partage). J’ai par contre réalisé un travail sur le scénario pédagogique de mon thème de départ. Assez facile puisqu’il avait été anticipé au module précédent avec des verbes tels que « échanger, argumenter, proposer » et les interactions collaboratives afférentes.

Etant seul à avoir la main sur la dropbox, j’ai déposé le document réalisé pour le groupe.

module4

Module 5. Quelles pratiques d’évaluation au service de l’apprentissage ?

Ce module nous faisait entrer dans LA question qui me paraît centraliser toutes les activités innovantes : Quelles pratiques d’évaluation au service de l’apprentissage ? Comment passer d’une posture de juge suprême qui donne la note à une posture d’accompagnement des élèves vers l’autonomie.

Comment aujourd’hui organiser et construire des évaluations diagnostique, formative et sommative ? Doit-on privilégier une évaluation par les pairs ? De nombreuses hypothèses et exemples sont proposés sur le Umooc.

Pour ma part, comme nous étions dans la dernière semaine du MOOC, j’ai proposé l’utilisation du e-Portfolio comme moyen d’évaluation. C’est une pratique que j’utilise personnellement (vous êtes dessus) et qui me fait avancer, à la fois par l’obligation de réécrire, d’organiser, de poser les points forts et les difficultés pour envisager des remédiations, enfin de garder trace.

En effet, si on reprend cet extrait des actes des journées d’étude «Evaluer les pratiques innovantes» des 26 et 27 mars 2001 Saline royale d’Arc-et-Senans – académie de Besançon (à lire ici http://ww2.ac-poitiers.fr/meip/IMG/pdf/evaluer_pratiques.pdf) :

«L’évaluation d’une pratique innovante finalisée passe par l’analyse des échecs et des réussites. […] Ce qui est le plus important dans l’évaluation d’une pratique innovante c’est peut être  moins  le  résultat  final  que  le  chemin  parcouru, c’est-à-dire  la  maturation  des idées, tout ce qui s’est passé et qui renforce la conviction des auteurs d’une innovation : les  effets  observés  ne  sont  pas  forcément  ceux  qui  sont  les  plus attendus»

Dans le cadre de l’évaluation, l’intérêt d’un journal d’apprentissage prend tout son sens : On peut y noter chacune des activités, décrire son processus de réalisation, commenter ses résultats, ses remédiations en  cas d’échec, lister  ses  acquis  et donner la  possibilité au groupe dans lequel on est (classe,  formation,  entreprise, etc.) de commenter ses acquis. C’est un «recueil  cumulatif  et  continu d’indicateurs du cheminement de l’élève dans ses apprentissages». Sous  forme  de Portfolio d’apprentissage, ce journal constitue un  moyen d’auto-évaluation efficace : l’apprenant y liste ses difficultés et prévoit des actions pour y remédier en toute conscience. On peut donc le considérer comme un outil d’évaluation formative. C’est aussi un outil d’évaluation par les pairs particulièrement intéressant puisqu’il crée une lisibilité publique ou de groupe et donne la possibilité de commenter, proposer une aide, soutenir une réussite, etc. Enfin, si les résultats de l’apprentissage ne sont pas immédiats, l’archive que constitue ce Portfolio permet de revenir sur ses acquis, points forts ou faiblesses dans le temps.

Quelques références sur le portfolio :

 

Module 6. Conceptualiser : pourquoi et comment ?

Ce module présente les différentes tâches de conceptualisation. Des formats différents sont analysés (cartes conceptuelles, mindmapping, etc.). Les usages et les outils de conceptualisation sont présentés et catégorisés. L’activité se concentrait sur la réalisation d’une infographie.

C’est dans la conceptualisation que le groupe 226, duo plus que groupe, a assumé ses visions différentes. Pour ma part, j’ai pensé construire un outil de diffusion de la bonne parole du Umooc, un outil simple, facile d’accès, visuel pour aider les nombreux enseignants qui freinent encore à se lancer dans l’expérimentation. Cela m’a paru plus essentiel que de faire un retour de mon expérience personnelle, ce que je fais ici de toute façon, ou d’envisager un transfert de ce que j’avais appris, il me paraît falloir plus de temps qu’un Mooc pour assimiler connaissances et méthodes et transférer.

J’ai travaillé une mindmap sur framamind, je connaissais l’outil pour l’avoir expérimenté sur d’autres Moocs avec d’autres finalités. Ma carte reprenait la totalité des items de ma thématique de départ, ceci afin d’avoir un exemple parlant.

Pour synthétiser et rendre visuel mes travaux, j’ai testé divers outils d’infographie. J’en ferais un article parce qu’entre les gratuits plus gratuit au moment d’enregistrer, les gratuits limités en images, les libres mais aux formats d’exportations incompatibles, etc, il y a de quoi en faire des pages.  J’ai fini par travailler avec Piktochart, simple d’utilisation et avec enregistrement en jpeg gratuit (j’ai pu récupérer dans un logiciel de PAO, recoller des liens et réenregistrer en pdf comme préconisé).

Mon sujet d’infographie était donc « concevoir une séquence de formation selon des méthodes innovantes« . Elle reprend 4 modules du Umooc en 4 verbes : Structurer, Collaborer, Evaluer et Explorer. L’annexe en deux pages à joindre est lisible ici.

Pendant ce temps, ma collègue de groupe travaillait sur une autre infographie rendue et déposée le dernier jour, suite à un prolongement d’une semaine. Le Groupe 226 a donc deux infographies et annexes.

En ce qui concerne les Quiz de fin de modules, le fait d’avoir le syllabus des capsules m’a une fois de plus aidé. C’est sur la partie très scientifique que j’ai eu le plus de mal : il m’a fallu travailler la notion des tailles d’effet, ça n’a pas été évident de prime abord mais l’intérêt aidant, je pense avoir maîtrisé. Les résultats le diront.

En Bonus, les capsules du Umooc intégraient des liens de veille Scoop.it que l’on pouvait faire apparaître avec une application de réalité augmentée, Aurasma, que je trouve assez intéressante et dont j’avais déjà vu des applications en éditions, notamment scanner une couverture de livre pour récupérer des informations dessus, des ajouts et compléments. Aurasma est téléchargeable gratuitement sur Android ou Apple et on trouve des applications pédagogiques intéressantes. Les pages bonus, avec des liens vers articles, sources… étaient les suivantes :

De plus, chaque semaine, l’équipe pédagogique était en live via Youtube et facebook, afin d’apporter conseils et précisions, répondre aux questions et créer du lien. De quoi personnaliser et rendre humain ce Mooc comme j’aime.

——————————————-

Reste deux phases :

  • Le questionnaire final qui demande 70% de réussite : 18 questions et la valeur que l’on donne à notre réponse, en lien avec le questionnaire diagnostique d’entrée de Mooc. Une comparaison avec les réponses de ma collègue du groupe 226 donne 5 différences, pour peu que l’on ait juste sur les 13 autres, je me situe à au moins 72%.
  • L’évaluation des infographies en classant celles qui, pour nous individuellement, sont les 10 premières. Gros travail au vu du nombre de rendus très différents et sans échelle de critères autre que l’originalité et la qualité formelle de l’infographie, la pertinence du traitement du sujet, la présence du Logo de l’UMOOC et des éléments provenant d’au moins 3 modules. Évaluation en nombre par les pairs dans toute sa splendeur.

A suivre donc pour les résultats.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *