Monter en compétences en usages du Numérique

L’inclusion numérique est un gros chantier, contraint par les exigences gouvernementales, le programme Action publique 2020 mais aussi, comme on l’a vécu, des aléas dramatiques tels que la Crise COVID. C’est aussi la possibilité de tenter de redonner une place dans la société à certains qui sont, ou seraient rapidement, exclus.

« Les enjeux du numérique dépassent à la fois ceux du simple accès et de l’utilisation élémentaire des outils numériques ; ils concernent plus largement la capacité à maîtriser les TIC en vue d’améliorer sa qualité de vie et sa participation aux différentes sphères de la société.” Propositions pour un plan national e‐inclusion horizon 2020

La Médiation numérique, en ce qu’elle met en capacité de comprendre et de maîtriser les technologies numériques, leurs enjeux et leurs usages pour pouvoir agir dans la société numérique apporte une réponse quand elle procède par un accompagnement qualifié et de proximité des individus et des groupes. Malheureusement, dans la diversité et le flou sur ses compétences et parcours propres, elle devient enjeu de subventions et d’opportunismes : Des start-up que l’on retrouve ultra financées par des grands groupes et de nombreuses institutions basent par exemple leur proposition de formation sur des bénévoles. Pas de quoi professionnaliser un secteur clé de notre future société inclusive, qui, pourtant, compte nombre de gens qualifiés et motivés qui ne trouvent pas de structures pour les engager.

Du coup, en partant de cela, on a bien conscience qu’il faudra s’y mettre d’une façon ou d’une autre. J’ai la chance de travailler (pas bénévolement…) dans une Région (Nouvelle-Aquitaine représente !) qui a cette conscience, un Département (Creuse was right !) Territoire d’Action pour un Numérique Inclusif et pour une structure qui ne fait pas que de la formation mais cherche aussi un rôle social dans ses réponses à appel d’offres.

Il m’arrive donc d’expérimenter la mise en place de parcours de formation liés aux savoirs numériques de base mais aussi d’aider à la professionnalisation des acteurs de la MedNum locale. Histoire de partager quelques points de vue et outils, cet article va reprendre quelques-uns de mes fondamentaux, à la fois sur le plan organisationnel mais aussi en lien avec des outils essentiellement en ligne utilisables personnellement ou professionnellement (Pour le reste, je fais aussi de la formation de formateurs, utilisez le formulaire de commentaire pour en discuter). Ce sont évidemment des choix personnels limités mais qui permettent d’avancer un peu dans la jungle du e-learning.

On va reprendre ça en 4 étapes : Choisir un référentiel de formation, Positionner des apprenants, Former ou se former, Certifier ses compétences.

A. Baser la formation sur un référentiel

C’est bête à dire mais rédiger un parcours de formation, autant pour soit que pour les autres, c’est quand même un peu savoir où on va. Pour cela, on a besoin de listes organisées de compétences à transmettre : un système de référence. En ce qui concerne les compétences numériques, il y a un côté simple : L’Europe détermine un référentiel européen des compétences numériques, également connu sous le nom de DigComp qui décline les compétences à posséder aujourd’hui.

C’est à partir de ce référentiel que sont décrites, en France, les compétences du PIX ainsi que le cadre de référence des compétences numériques valable de l’école primaire à l’université : Une base plus que sûre.

D’autres font des choix différents : Le Certificat Cléa Numérique, certification professionnelle «constitué de l’ensemble des connaissances et des compétences qu’il est utile pour une personne de maîtriser afin de favoriser son accès à la formation professionnelle et son insertion professionnelle » est un peu différent puisqu’il se base sur 4 compétences au lieu de 5.

On ajoutera à cela la Compétence 4 “Utiliser les outils numériques et l’informatique” du Référentiel des compétences transversales de l’AEFA. Elle a le mérite de voir les usages du numérique comme inscrits dans un ensemble plus larges de compétences (Oui, c’est une évidence et j’ai tendance à commencer par cela).

A l’usage, tout cela se croise et on retrouve des essentiels qui permettent de viser l’ensemble des compétences, pour peu qu’on ait un temps de formation confortable. Sinon il est bien évident que la proposition de formation devra être adaptée et limitée aux usages les plus pertinents pour l’apprenant.

Nous avons notre cadre de référence. Par contre, un apprenant, c’est une histoire de vie et appliquer à tous le même cadre, c’est risquer d’être à côté des besoins de chacun. Pour coller aux intérêts individuels, il faut prendre en compte ce vécu et les compétences acquises préalablement.

B. Réaliser un Positionnement de niveau

La première étape dans le parcours de formation, c’est le positionnement de vos futurs apprenants, une sorte de “Qui est-ce ?” de compétences. Que sait-il déjà faire ? Dans quel contexte ? En ce qui concerne les usages du numérique, on se rend vite compte que c’est un foisonnement de situations et d’utilisations et que cela complexifie la tâche du diagnostic. Des retours tels que : “oh moi, j’y connais rien et en plus, je suis nul” auxquels on oppose vite un “Oui, sinon j’ai facebook pour me tenir au courant de ce qui passe dans mon coin et Whatsapp avec les enfants, on se passe des photos. Je regarde mon compte en banque aussi mais c’est tout, hein…“.

Si vous n’avez pas modularisé vos parcours, découpé tout ça en séquences et que vous en êtes dans vos propositions à “Apprendre Internet“, ben y’a un peu de travail … Le Numérique est une myriade de possibilités de contextes, d’usages et d’usagers, tout prévoir et tout penser au préalable serait illusoire, d’autant qu’en plus cela évolue (Pardon, euh … je peux changer de métier là maintenant en fait ?? …).

Du coup, trois solutions :

  1. Passer beaucoup de temps sur le positionnement et utiliser des outils tels que PIX, le service public en ligne pour évaluer, développer et certifier ses compétences numériques. On est sûr de bien connaitre la personne et ses difficultés mais le problème, c’est que tester les 16 compétences du référentiel sur la plateforme PIX, sur la base des questionnaires proposées, qui peuvent prendre une heure chacun, ben faut un sacré moment et qu’on peut rarement, sur un temps contraint (par le financement, le cahier des charges ..) de formation, passer une semaine à diagnostiquer.
  2. Consacrer une demi-journée au positionnement ou utiliser des temps d’échange à distance, préalables à la formation : On privilégiera donc plutôt des outils comme le Primo diagnostic du Kit Inclusion de Société Numérique  ou la plateforme d’évaluation des Bons Clics qui sont des outils gratuits accessibles. De mon côté, en plus de ces diagnostics, ma structure me permet d’utiliser un outil que je trouve idéal dans ce cas : les évaluations TOSA et notamment le DigComp qui est assez généraliste pour avoir une bonne lisibilité des compétences numériques d’un apprenant. On passe ça en une heure, les rapports sont détaillés et aident facilement à la construction d’un parcours de formation.
  3. Se contenter d’un positionnement déclaratif : “100 fois sur le métier remet ton ouvrage”. De toute façon, la formation au numérique ne peut se passer d’une remédiation de tous instants. On peut donc partir de la perception de l’apprenant pour structurer un parcours de formation, pour peu que l’on sache ce qui se cache derrière une habileté ou un usage courant. C’est du décryptage : A partir de la phrase : “Je sais me servir de facebook sur mon téléphone pour discuter avec les copines du club tricot“, listez les compétences pré-acquises… Pour cela, constituez une grille de questions (papier ou formulaire web) qui vont vous orienter sur les points à voir ou revoir (voir la page 3 de ce document par exemple).

C. Se Former

C’est quoi déjà notre objectif ? Ah oui, monter en compétences et donc se former. Le milieu des cours sur le web est assez paradoxal : c’est un foisonnement de propositions, en vidéo, par MOOC, etc … mais quand on cherche des solutions adaptées à un public qui débute, ben, on est vite confronté à des difficultés d’adaptation. On l’a tous vu pendant le confinement où nos apprenants ont pris le distanciel de façon très diverse. Il a souvent manqué un module préalable “apprendre à apprendre avec le web” que personnellement j’ai mis en place dès le retour du présentiel, afin de rétablir une égalité de moyens.

J’ai déjà parlé de la nécessaire constitution d’une Communauté apprenante pour faciliter les échanges. C’est le lieu des propositions, des découvertes, des liens collectifs mais être formateur, c’est avant tout organiser, structurer, construire des parcours. Pour cela, évidemment, je suis un grand fan de … mes outils propres. Construire des ressources pédagogiques, inventer, tester, modifier, remédier … si ça vous amuse pas, envisagez une reconversion parce que coller des outils tous faits à des besoins spécifiques changeants, autant mettre des étiquettes sur des légumes, c’est plus sûr. Dans mon cadre d’emploi, ces cours sont papier ou en PréAO pour le présentiel et en ligne sur une plateforme Moodle spécifique pour le distanciel.

Mais comme pourrait le dire Michel Serres, aujourd’hui avec internet, le savoir est accessible partout, pour tous, il reste à inventer comment s’en servir. Passer son temps à re-proposer, réinventer ce qui existe serait contre-productif. On peut donc s’appuyer sur l’existant pour compléter et étoffer ses parcours, avec parfois des plus-values évidentes :

  1. Dans le cadre d’un partenariat avec Pôle Emploi, les formations d’OpenClassRooms sont en accès premium pour les demandeurs d’emploi (C’est le cas d’une grande partie de mes apprenants adultes). Il suffit de suivre un cours et d’inscrire son identifiant pour accéder aux certifications. C’est donc un bon moyen de développer son CV. Des cours comme Faites vos premiers pas sur ordinateur,  Débutez en informatique avec Windows 7 ou bien Naviguez sur Internet sont de très bonnes bases d’initiation.
  2. Des MOOC comme Usages du Web sur France Université Numérique sont aussi assez adaptés aux débutants puisqu’ils suivent le référentiel ex-B2I devenu PIX aujourd’hui.
  3. La plateforme PIX est non seulement cadre de référence, plateforme de tests mais elle envoie vers des nombreuses ressources de formation en ligne et peut donc être support d’évolution,
  4. Sur des usages spécifiques comme le droit du web ou la cybersécurité, on peut signaler l’Atelier RGPD de la CNIL et le MOOC de l’ANSSI,
  5. Les GAFAM proposent aussi des formations : Google met à disposition toute une gamme de formations gratuites plutôt orientées professionnels. Facebook propose des formations Marketing réseaux, avec l’avantage que n’importe quel employeur connait ces noms.

J’ai tendance à privilégier les cours qui délivrent des attestations ou certifications (on va voir pourquoi par la suite) mais évidemment, Youtube, le web regorgent de possibilités d’e-learning comme les tutoriels de Numéricatous, les cours des Bons Clics, etc pour les débutants, jusqu’aux cours de Culture Numérique de Louis Derrac pour prendre un peu de hauteur sur ce sujet :

D. Certifier ses Compétences

On le voit avec ces derniers liens, l’objectif de tout ça, c’est l’inclusion dans la société, et pour nous centre de formation, ça n’est pas seulement synonyme de gestion du quotidien mais plutôt d’employabilité. La plus-value d’un parcours sur et avec le Numérique doit se lire sur un CV. On organise donc divers points d’étapes : évaluations sommatives avec délivrances d’Open Badges, passages de certifications, remises d’attestations de MOOC, d’acquis de compétences, de réalisations de projets pédagogiques… qui seront autant de lignes preuves de l’évolution d’un apprenant.

La notion de preuves est intéressante dans la reconnaissance des compétences. En France, on a tendance à ne s’appuyer que sur les diplômes pour prouver, ils donnent une sorte de “valeur” à l’individu. C’est quelque chose que j’ai toujours combattu de façon intuitive (Quoi ? non, c’est pas parce que j’étais mauvais, c’est juste parce que la quantité de choses intéressantes à apprendre ne méritait pas de se spécialiser 😉 ) pour privilégier l’acte, l’usage, l’application au savoir en lui-même. En Andragogie, on se retrouve souvent à aider des adultes sans diplômes et prouver ses compétences à un employeur est parfois complexe (Merci Y. Altiner pour la demande de précision via twitter, j’ai fait des rectifications à ce passage).

Du coup, j’ai un peu la même vision à proposer à mes apprenants : Prendre tout ce qui est bon pour montrer qu’on est bon, construire le mur avec tout un tas de pierres taillées une à une à la main. Sur le plan de la formation aux usages du Numérique, cela revient à agréger un grand nombre de réussites possibles :

  1. Les points PIX (en attendant la possibilité de certifier),
  2. Les certifications TOSA,
  3. Le TANU,  un test de compétences et de culture numérique d’un candidat ou d’un collaborateur. On peut l’essayer gratuitement, il est intéressant car il prend en compte une véritable culture numérique globale,
  4. Le PCIE, ancien Passeport de Compétences Informatique Européen, aujourd’hui certification ICDL a tester ici. PCIE est engagée dans la reconnaissance des compétences numériques depuis 1996,
  5. Les certifications OpenClassRooms passés,
  6. Les attestations de MOOC France Université Numérique suivis,
  7. Des OpenBadges. Le principe des badges de reconnaissance de compétences est très adapté aux apprenants en initiation. Ils n’ont parfois pas le niveau pour acquérir l’ensemble des compétences d’un module et il y a peu d’outils pour valider des micro-compétences. Créer ses Open badges, comme OpenBadgesPassport le permet, et les distribuer, après avoir construit un écosystème de reconnaissance autour, c’est assurer une preuve non seulement à l’instant T mais aussi susceptible d’évoluer.
  8. Prouver par lien vers son portfolio ou Espace Personnel d’Apprentissage (EPA). Vous êtes sur mon portfolio, j’y prouve mes compétences par le partage des mes travaux ou expériences. Cette démarche est transférable à tous niveaux, en proposant par exemple la création d’un site via les Google Sites (désolé pour les intégristes du libre, c’est la façon la plus simple de faire un portfolio, jusqu’à ce que vous me trouviez mieux). Ce site peut reprendre des comptes rendus de projets pédagogiques, d’activités, de travaux de référence, etc. C’est le lieu de la prise de conscience des difficultés et surtout des réussites.
  9. Evidemment les attestations d’acquis propres à votre structure. C’est aujourd’hui une obligation (via labels Qualité) de la plupart des centres de formations que d’attester de l’évolution des apprenants qu’on nous confie.

Au milieu de ce panel, chacun peut faire son marché, avec l’organisation globale et l’accompagnement de formateurs experts et monter des marches vers une maîtrise des usages du numérique pour prendre sa place dans notre société en évolution.

Si vous utilisez des ressources en ligne sur vos formations, merci de nous en faire part en commentaires en expliquant le contexte.

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2 réponses

  1. gueidan dit :

    Il y avait il y a quelques temps le PIM, Passeport Internet Multimédia, proposé par Net Public. On s’en servait pour “valider” les compétences des personnes qui suivaient les cours d’informatique à la médiathèque.

  2. Gérald dit :

    Personnellement, au regard de mon tout récent vécu en tant que formateur, je me suis basé sur le référentiel des compétences du PIX et j’ai réalisé un positionnement de niveau de type déclaratif. Le potentiel de PIX reste pour moi un axe de réflexion pédagogique très intéressant pour le futur proche.
    En tout cas, votre article Jean-Noël est une mine de renseignements pour un novice comme moi.

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