Outils pour créer une communauté apprenante

Le concept de communauté apprenante, ou d’organisation apprenante, n’est pas nouveau, j’en ai parlé il y a déjà pas mal de temps pour concevoir un projet de learning lab ou sur certains suivis de MOOC.

Sur le web éducatif, on lit de nombreux articles à ce sujet : Cursus Edu propose notamment d’utiliser ce concept pour transformer nos organisations ou d’en vérifier les effets sur le sentiment d’efficacité.

Il existe de nombreux promoteurs de la société apprenante. François Taddei, directeur du CRI Paris et auteur de “Apprendre au XXIe Siècle“, en est un des premiers avec la proposition d’une “planète apprenante”.

En ces temps de confinement, je rappelle les géniales vidéos-reportages du MOOC planète apprenante au cas où vous ne les auriez pas vu et pour mieux comprendre l’esprit du concept :

Et si vous n’avez pas le temps (??), un résumé sur la vidéo ci-dessous :

En milieu scolaire, ce rôle est souvent joué par l’Espace Numérique de Travail (E.N.T.) ou en tout cas, c’est l’outil à disposition, même si en tant que parent d’élèves, j’ai quelques doutes sur la capacité de ces outils, plus administratifs que pédagogiques, à faire passer un peu d’empathie, voire même de la bienveillance, à l’égard d’un groupe en difficulté.

Une communauté apprenante, d’abord, ça me parait devoir regrouper à la fois les enseignants, formateurs, les apprenants concernés, mais aussi tout l’écosystème qui les entoure : intervenants extérieurs, associations, tuteurs d’entreprises, etc. sur un même niveau. L’outil pour la gérer doit proposer des canaux d’échanges lisibles par tous pour assurer à la fois des liens spécifiques, thématiques, par compétences, par matières au besoin mais aussi une coordination globale, un canal principal d’informations, par la visibilité des travaux et propositions de tous (Oui, je sais : faudra former, c’est un peu l’objet de cet article en fait.) Et enfin, l’outil doit pouvoir véhiculer du sérieux et du moins sérieux, de l’émotion et de l’empathie : de l’humain en fait …

2. Bon d’accord mais comment je fais moi ?

Superbe concept mais là, je suis chez moi, enfermé, tout seul ou presque, devant mon ordinateur alors communauté, comment dire ???

Dans le cadre de la continuité pédagogique préconisée actuellement sur nos centres de formation adultes, nous sommes tous à remplir nos boites mails (limitées !) d’échanges avec les apprenants, de corrections en tout genre sur des pdf, à la recherche du meilleur moyen pour nous coordonner entre collègues, pour garder le lien avec nos apprenants.

Si nous avions pu l’anticiper, la mise en place d’outils facilitant ce travail à distance aurait sûrement payé. Avoir à disposition une plateforme de travail collaboratif facilite de toute évidence les interactions

3. Woh eh ! Nous, on a anticipé !

Ah oui ! Sur les formations que je coordonne dans les domaines du Numérique, Grande Ecole du Numérique ou Action Capacitante Creuse, nous avons dès le départ mis en place un lien constant entre formateurs, intervenants extérieurs, vacataires, prestataires de service et apprenants. J’en avais parlé sur cet article : l’usage de Discord.

Ce lien, avec des comptes personnels, est souvent pré-existants chez les intervenants et les apprenants, ce qui permet une maîtrise rapide des usages et de la gestion des échanges. En effet, Discord revendique 250 millions d’utilisateurs dans le monde, ça aide pour trouver des usagers.

Discord a rapidement pallié aux ralentissements en tout genre des outils institutionnels, souvent par propositions des apprenants eux-mêmes. Non seulement il permet de garder un lien texte, sur des thématiques décidées par canaux, mais aussi par messagerie directe ou collective. Il va permettre aussi facilement de faire du chat vocal, de la visio-conférence (jusqu’à 50 actuellement), du partage d’écran, de fichiers divers. C’est un outil multi-canal, (Web et appli smartphone) et multi-plateformes (Windows, Linux, Mac). A l’heure actuelle, Discord permet 5000 membres sur un serveur, il n’y a pas de limite de stockage et les fichiers partagés peuvent faire jusqu’à 8 Mo. Des fonctions de recherche permettent de retrouver un fil, un échange, un fichier… mais il vaut mieux organiser vos canaux au préalable.

Au besoin, cette page sur O1.NET vous explique comment configurer et utiliser Discord (Ne serait-ce que pour un usage personnel et garder le contact avec vos adolescents et amis gamers, discord vous montre aussi à quoi jouent vos contacts en temps réel, ça crée parfois des liens 😉 ):

 

 

A ce jour pourtant, de nombreuses alertes sur les risques d’usages de cette plateforme, pas RGPD, intrusions intempestives, etc, freinent son usage alors que ce n’est souvent qu’une question de formation : restreindre un channel est assez facile, créer un serveur privé avec limites aussi. ça se rapproche donc assez de l’idéal outil de création de communauté apprenante horizontale, où chacun gère ses propres données (et apprend à le faire) sur la base du volontariat. Horizontale ? Ah oui, tout le monde a égalité, sur le même pied et avec les mêmes possibilités, genre de pairs à pairs quoi ? Ouhla, mais moi, je suis professeur quand même ! alors l’égalité avec mes élèves …

4. Alors nous, du coup, on a mieux anticipé que vous

Autre outil, autres possibilités : SLACK.

Slack est une plateforme de travail collaboratif qui permet de regrouper les personnes et les informations dont vous avez besoin pour travailler. C’est un outil plus orienté Entreprise qui revendique 90 Millions d’usagers. La vidéo ci-dessous vous donnera un aperçu de son utilisation :

La communauté d’enseignants-formateurs P@tchW0rk, dont je suis membre, utilise Slack comme outil de lien et de travail, sur un principe de serveur multi-canal. C’est un outil très similaire à Discord, on les compare d’ailleurs souvent

Les conditions de sécurité des données et le respect déclaré du RGPD peuvent pousser à s’orienter vers Slack pour construire sa communauté, c’est pourtant un outil un peu plus limité dans sa version gratuite : la limite de stockage est de 5 Go, l’audio et la vidéo ne peuvent se faire qu’à 2 et le partage d’écran n’est actif qu’en plan payant.

5. oui mais nous, on a des préconisations

Je sais. Un accord de partenariat entre Microsoft et l’Education Nationale fait pleins de cadeaux aux enseignants et à leurs élèves. Tout est RGPD et personne ne s’intéresse aux données récoltées (C’est beau l’altruisme !).

Du coup, dans le cadre de la création d’une communauté apprenante en milieu scolaire ou lié à l’EN, vous pouvez utiliser Teams. Ailleurs aussi d’ailleurs, puisque Microsoft ne s’intéresse tellement pas aux données qu’il propose Teams gratuitement pour tous et que l’application est téléchargeable elle aussi gratuitement, ce qui fait que, au besoin si vous travaillez avec une diversité d’acteurs, vous pouvez l’utiliser en vous affranchissant de vos structures d’emploi (avec limite de 300 utilisateurs, une capacité de stockage incluse de 2 Go par utilisateur et 10 Go de stockage partagé)

Teams est très similaire à Discord : canaux thématiques, messagerie directe et collective, partage de fichiers, organisation de réunions. Il peut de plus se doter des outils Microsoft habituels, notamment l’intéressant Microsoft WhiteBoard (j’en reparlerais de celui-là).

Teams est l’alternative montante à Discord, un peu plus corporate et très utilisé dans l’éducation.

6. Enfin bon, y’a des outils plus modernes ..

Ben oui, d’un coup, y’a pleins de trucs à la mode, notamment ZOOM qui permet des visioconférences faciles. En plus, de nombreuses structures approuvent. C’est RGPD youhou ! Attendez … RGPD avec des infos sur leur politique concernant les données confidentielles comme ça ?

Genre ça : “Nous collaborons avec des tiers pour afficher de la publicité sur notre site web ou pour gérer nos publicités sur d’autres sites. Certains de nos partenaires externes peuvent utiliser des technologies telles que des cookies ou autres afin de recueillir des informations relatives à vos activités sur ce site Web, sur le site de nos partenaires et d’autres sites non affiliés, afin de vous fournir de la publicité selon vos activités de navigation et intérêts. 

Ou ça ” Lorsque vous téléchargez et utilisez nos produits, nous recueillons automatiquement les informations sur le genre d’appareil que vous utilisez, la version du système d’exploitation et l’identifiant de l’appareil (ou « UDID »). Nous vous envoyons des alertes instantanées de temps en temps dans le but de vous mettre à jour sur les événements ou promotions que nous pouvons avoir. ” ou ça “

Enfin vous savez lire, y’en a des pages comme :“Nous partageons vos données personnelles au sein de Zoom, de ses sociétés affiliées et de ses fournisseurs de services tiers, à des fins de traitement ou de stockage des données. Nous partageons également vos données personnelles avec des partenaires commerciaux, des fournisseurs de services, et/ou des agents tiers autorisés ou des entrepreneurs afin de fournir des produits ou des transactions demandées”

En plus, c’est cool, vous pouvez y connecter tous vos autres comptes … on se demande bien pourquoi ?

7. On résume ?

En ce qui concerne ce lien à construire avec vos apprenants, vos équipes, vos collègues, si vous avez la chance d’être dans une organisation apprenante structurée, avec un ENT qui fonctionne, des outils pertinents, profitez …

Sinon vérifiez les préconisations de vos hiérarchies. Je sais, à l’EN, c’est un peu le bazar là-dessus, certains interdisent alors que d’autres préconisent le même outil. On sent parfois plus la personnalité et l’autonomie des “conseillers” qu’une réelle expertise globale, ce qui, somme toute, est normal : il faudrait être à la fois bon informaticien, usager testeur d’applications, logiciels et outils numériques dans un cadre pédagogique et enfin particulièrement pointu en droits divers : RGPD, droit d’auteur, etc… Y’en a qui réussissent pourtant, j’en connais mais on comprend que certains préfèrent interdire plutôt que de prendre le temps de vérifier si l’intérêt pédagogique dépasse le cadre des obligations à mettre en place autour de ces usages.

Il y a des chances que l’on vous oriente vers Teams dans ce cas. Il est intégré à la suite Office en ligne proposée par certaines académies. Vous devez pouvoir demander la création d’une équipe même dans le cas où vous n’auriez pas les droits pour le faire. Dans l’idéal, demandez les droits administrateur, ce serait dommage d’avoir un outil à disposition et de ne pas pouvoir en disposer pleinement.

Enfin, si vous disposez d’un peu plus de liberté ou de l’obligation d’étendre votre communauté au delà de votre structure d’enseignement, demandez à vos équipes, à vos apprenants. Ils ont déjà des systèmes d’organisations collectives, avec les amis, la famille, le réseau de gamers… Proposez des usages qu’ils maîtrisent et qui ne sont pas perturbants pour eux : Discord, Whatsapp. Ces usages, souvent interdits par les hiérarchies (JN, tu vas te faire taper …) ont un autre immense intérêt : Ils font entrer l’apprentissage dans la sphère privée, comme une des activités normales de la vie : accepter d’ajouter son formateur dans ses canaux personnels d’échanges, c’est comprendre qu’apprendre, ce n’est pas une activité à part mais bien un essentiel qui nous accompagnera tout au long de la vie.

 

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2 réponses

  1. Anouk Léonard dit :

    Bonjour monsieur, j’aimerais vous contactez concernant un tout autre sujet qui est la ville d’Aubusson. Je pense que vous pourriez m’aider, serait-ce possible pour vous de m’envoyer un mail? En attente de celui-ci, je vous souhaite bonne continuation!

  1. 21 août 2020

    […] déjà parlé de la nécessaire constitution d’une Communauté apprenante pour faciliter les échanges. C’est le lieu des propositions, des découvertes, des liens […]

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