retour final sur le MOOC transition éducative

Quand on est formateur, se remettre en cause est un essentiel. Je me compare souvent à une éponge qui se gorgerait de connaissances et compétences pour en faire profiter les autres : la définition même de « transmettre ». Ne pas s’interroger sur les méthodes qui permettent ce va et vient dans un monde en constante mutation, ce serait à coup sûr rater son objectif, d’autant que, pendant ce temps, d’autres formateurs/enseignants se posent de bonnes questions, analysent leurs pratiques, collaborent pour trouver des solutions aux questionnements éducatifs.

Les MOOCs sont une porte ouverte sur cela pour quelqu’un qui comme moi peut se sentir éloigné des échanges par mon choix de territoire.

Cette année 2017 aura été une petite année par rapport à 2016 (même si les attestations des MOOC Classe inversée, usages du Web et innovation pédagogique sont arrivés en 2017) avec les MOOC Verdun et celui sur la transition éducative mais l’investissement demandé par la formation labellisée Grande Ecole du Numérique et sa mise en pratique très efficiente a mobilisé pas mal de mon temps.
En forme de bilan d’année, revenons donc sur le dernier suivi :

Je suis formateur, père de 3 enfants, et j’ai conscience de vivre dans un monde complexe confronté à des crises multiples. Chez nous, on s’amuse souvent à table avec mes enfants  à une sorte de « What’s if » : et si les extra-terrestres débarquent là tout de suite ? et si des zombies envahissent les rues ? et les USA déclarent la guerre à la Corée ? Se plonger dans un monde incertain et réagir en fonction, proposer, être créatif, compter les uns sur les autres, être sûr de ses compétences, c’est nos jeux de rôles et parfois j’ai l’impression que transmettre ces mécanismes de réponses pourront leur sauver la vie un jour. (Oui bon, une famille de Geeks,  c’est un peu barré parfois mais l’armée américaine fait pareil alors …)

Dans le MOOC Transition éducative, j’ai un peu retrouvé cet esprit : réagir à l’incertitude, analyser une situation, inventer de nouvelles démarches de changement, en s’appuyant notamment sur la puissance de l’intelligence collective. Quelles méthodes utiliser pour trouver une place pour chacun, offrir les mêmes chances, proposer des pistes pour faire face à ces évolutions ?

Suivons ce fil : le MOOC “ Accompagner les transitions éducatives” est un projet porté par l’association Synlab, le Centre de Recherches Interdisciplinaires et l’université Paris Descartes.

Il propose deux parcours :

Le premier parcours est simple : Méthodologiquement, on a de la lecture de vidéos, des ressources complémentaires et des quiz, le mot simple est bien choisi. C’est une bonne approche de nombreux questionnements sur la transition éducative, révélateur de sa multiplicité et de sa complexité. Le MOOC est contextualisé autour d’un établissement scolaire et chaque étape fait référence à un lieu de cet établissement, cela donne du sens et crée une carte mentale plutôt efficace.

Sur cette partie du parcours, je m’en sors bien : 113% sur 120 possible. Un peu d’incompréhension face à certaines formulations de questions, des choix multiples parfois complexes, un petit manque de concentration par instant expliquent ces quelques erreurs. Vous savez de toute façon ce que je pense des évaluations chiffrées, elles ne sont là que pour m’alerter face à un sujet que je dois plus travailler et ce quiz a parfaitement joué son rôle de révélateur.

progMOOCTE

Sur le plan du contenu, les intervenants sont pertinents, les vidéos contextualisées et leur enchaînement structure parfaitement une vision d’ensemble qui se construit au fil du MOOC, de la nécessité d’intégrer la transition, du respect de la multiplicité des points de vue, de l’essentielle mise en réseau et travail collectif aux questions sur nos capacités à intégrer un changement vers une société qui apprend différemment.

Cette vision d’ensemble est conforté par un lien construit entre un établissement scolaire et les diverses séquences s’enchaînant au fil des lieux et des salles : de quoi créer un palais mental à la Sherlock pour fixer la mémoire (belle référence !).

Les séquences sont mises en ligne de deux semaines en deux semaines et c’est un format qui fonctionne bien. Il m’a permis de d’abord suivre le parcours simple puis de me concentrer sur les livrables du parcours Projet.

La séquence 1 s’intitule « Un monde en transition« , elle tourne autour des transition(s) sociétales et transition(s) éducative(s)jusqu’aux transitions complexes nécessitant un accompagnement humain.

Plongé dans les mondes numériques depuis le début du Net, je suis un convaincu de la notion de transition. Ce qui m’a le plus surpris ici, c’est d’être en phase avec la plupart des MOOCers, ce n’est pas si courant dans mon univers professionnel. J’ai par exemple été pile dans les choix majoritaires sur le travail demandé sur les compétences du XXIe Siècle : Empathie, Coopération (j’avais noté Collaboration j’en comprends la nuance) , Créativité.

Les définitions des connaissances et compétences de l’OCDE étaient aussi très structurantes. Pour résumer (mais j’en ferais un article) :

Trois types de connaissances :

  • La connaissance disciplinaire
  • Les connaissances interdisciplinaires
  • La connaissance épistémique
  • La connaissance des procédures

Trois types de compétences : ·

  • Compétences cognitives et métacognitives
  • Compétences sociales et émotionnelles
  • Compétences physiques et pratiques

L’interrogation sur l’école en 2050 m’a moins interpellé, simplement parce que, en tant que formateur d’adultes, je n’ai pas à impulser de mouvement dans la réorganisation des fondamentaux scolaires. Mes enfants commencent à être grands et il y a longtemps que, dans mes cours, on déplace les tables, on utilise le numérique, on ouvre à l’extérieur, etc. J’avoue du coup m’être amusé à écrire une utopie noire où les mauvais côtés de notre monde aurait pris la main sur l’école : starification des profs, médiatisation des cours, baisse de crédits, utilisation de ressources externes … Suis-je si loin ? Si on laisse faire, il se pourrait qu’un jour j’ai raison.

J’ai survolé les notions de leadership et management de la séquence 4. D’abord je suis moins concerné, ensuite, j’ai bien compris que le MOOC tentait de faire bouger les lignes au plus haut niveau et qu’il s’adressait pour cela à de nombreux leaders, ouvrant sur la possibilité de décisions partagées, d’intelligence collective mais, à l’usage, on croise tellement peu de leaders éducatifs ouverts à ces évolutions que ça me parait plus un beau vœu pieu qu’une réalité de terrain (Merci de me faire mentir par des exemples en commentaires 😉 ).

La séquence 2 « Des points de vues multiples » aborde des notions plus techniques : complexité, approche systémique et réponse avec Cartographie des controverses. C’est l’objet du deuxième parcours, qualifié d’émergence de projet : Il consiste en la réalisation d’un travail collaboratif de réflexion et de co-écriture sur une controverse liée au monde de l’éducation. Ce parcours doit permettre de faciliter l’émergence de projets ou d’approfondir nos propres projets de changement. Cette activité réalisée est évaluée par les pairs.

J’ai déjà dit que mon équipe n’avait pas ou peu fonctionné mais un appel d’un des membres de l’équipe pédagogique du MOOC, François Duport, au sujet du développement futur du MOOC, m’a convaincu de continuer seul. Cela m’a permis de comprendre la méthode de cartographie de controverse par l’action, d’en réaliser les différentes étapes : choix de sujet, recherche documentaire (regroupé dans un padlet), frise chronologique (réalisé sous tableur), carte des acteurs (en carte mentale via Mindmeister), arbre des débats en complétant la carte mentale. J’ai travaillé sur l’évaluation et les divers travaux m’ont amené à développer un axe autour des réalités multiples se cachant derrière ce mot.

Au travers de cette méthode, j’ai vraiment compris vers quoi on allait sur le MOOC : chercher à répondre au VUCA World dans lequel nous baignons. Notre Monde, par les situations et conditions dans lesquelles on vit, est volatile, incertain, complexe et ambigu (Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity). Plus que cela même, nos univers peuvent se retrouver en prise à des ruptures fortes.

Construire face à cela, proposer des pistes pour éclairer les chemins possibles, transmettre aujourd’hui, c’est non seulement mettre en oeuvre de nouvelles compétences, mais aussi de nouvelles méthodes d’analyse, de nouvelles façons de s’interroger et d’apprendre.

Pour cela, ce MOOC fait bien le travail, il nous donne des clés pour choisir et transmettre des outils, des moyens, des méthodes de préparation à ces mondes incertains, en transition, à nous d’abord, enseignants/formateurs, parce que sinon, nous serons vite « hors-sol » et à ceux dont nous avons la charge, tous, parce que sinon justement ils ne seront que quelques-uns à pouvoir faire face aux nouveaux mondes qui s’ouvrent.

 

 

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