Un Quiz ? pour quoi faire ?

Dans la série « Outils pédagogiques », s’il est un objet de la formation à distance qui me pose question, c’est le quiz.

Sur Moodle, j’expérimente à la fois quiz et questionnaires, sur eDx via les MOOCs, nous sommes systématiquement confrontés au quiz de progression. Et parfois on se dit que cette étape de validation n’a franchement aucun intérêt hormis celui de prouver à l’équipe pédagogique qu’on est toujours là et qu’on bouge encore …

Définissons cela : le Quiz, (de l’anglais To Quiz : Questionner, synonyme de « faire passer un oral ») est un questionnaire à choix multiples utilisé dans 3 situations :

  1. Les apprenants après des activités de recherche, lecture, visionnage de vidéos, d’échange, de résolution de problèmes,… confrontent leurs découvertes avec des propositions structurées par l’enseignant. C’est une évaluation formative : le quiz est un outil de structuration de connaissances.
  2. Les apprenants doivent restituer leurs acquis : ils répondent à des questions proposées par l’enseignant. C’est une évaluation sommative : le quiz est un outil de mesure des connaissances.
  3. Les élèves expliquent ou transfèrent leurs acquis à d’autres élèves : ils construisent un questionnaire pour leurs camarades. C’est une évaluation transfert : le quiz est un outil de mise à disposition des connaissances.

Si l’on considère l’échelle de KirkPatrick, définissant les niveaux d’évaluation d’un apprenant, le quiz se situerait plutôt au niveau 2 (apprentissage – évaluation des acquis de la formation) qu’au niveau 3 (comportements – évaluation des transferts en situation de travail). Même s’il est souvent préconisé de mettre l’apprenant en situation dans la réalisation d’un quiz, dans la réalité, il sert plutôt à mesurer les acquis  qu’à évaluer la capacité de transferts de ces acquis. C’est notamment le cas dans les MOOCs où l’on est plutôt sur une évaluation analytique.

Si je reviens sur mes usages, c’est un outil que j’utilise relativement peu dans mes cours, essentiellement parce que je travaille en présentiel et que je préfère vérifier les acquis de mes apprenants de visu. Par contre, je me retrouve confronté à lui dans le cadre de formations à distance, MOOCs … plutôt en situation d’apprenant mais c’est aussi ce qui me permet d’en parler et d’imaginer de réels intérêts pour l’outil.

Sur les MOOCs de F.U.N., c’est ce qui déclenche l’attestation de suivi – Je n’ai pas dit que ça servait surtout à vérifier que vous êtes toujours là ? et bien c’est un peu l’idée de F.U.N.

Premier indicateur : tant qu’un apprenant répond aux quiz, c’est qu’il suit. Indicateur d’intérêt pour le cours, de décrochage sur le suivi hebdomadaire, le quiz peut être un moyen d’alerte intéressant sur la formation à distance.

Deuxième indicateur : si l’on met un niveau à atteindre, pourcentage de réussite de réponse par exemple, on peut penser que, en plus de suivre,  l’apprenant comprend un certain nombre de choses enseignées, acquiert quelques connaissances. Cela se limite aux deux premiers niveaux d’acquisition des connaissances définis par la taxonomie de Bloom, soit la connaissance et la compréhension. D’autre part, Christine TAGLIANTE (in L’évaluation et le cadre européen) propose une place du quiz en tant qu’activité fermée dans sa typologie progressive :

Dans le cadre de ces activités fermées et afin de les éprouver, j’ai testé la réponse à des quiz de MOOCs avec comme seul support le fichier texte du cours dans lequel je recherchais les mots-clés des questions, cela sans même lire la globalité du texte et encore moins tenter de comprendre : ça marche plutôt bien et on arrive assez facilement au taux de réussite demandé.

Bon, je ne suis pas l’apprenant moyen, mon analyse de la formation m’aide à aller à l’essentiel mais je ne suis pas le seul dans ce cas et la formation à distance s’adresse actuellement plutôt à des niveaux de formation qui peuvent mettre en oeuvre de tels détournements, inquiétant ? Cela dépend surtout des objectifs.

Sur les MOOCs, on peut deviner au travers de ces usages des quiz des fonctions orientées concepteurs plus qu’apprenants : comme souvent dans le cadre d’une évaluation sommative, on trouve à la fois des fonctions administratives (vérification du suivi) et sociales (niveau et statistiques de réussite).

Pourtant il nous reste quelques utilisations pertinentes des quiz comme lues sur un texte un peu ancien mais pertinent de Thomas Laigle (paru ici) et que l’on peut coller à la taxonomie de Bloom pour en faciliter la compréhension :

  • Des exercices de systématisation :  Répéter, refaire, recommencer, dupliquer, reproduire, c’est un moyen d’automatiser et donc de mémoriser un apprentissage.
  • Des tests de connaissances : Pour s’auto-évaluer, identifier ses lacunes, se positionner par rapport à un objectif sur le plan des connaissances, les quiz auto-correctifs peuvent être utiles.
  • Des exercices de compréhension : Avec les réserves que j’ai pu poser au dessus, des questions fermées peuvent vérifier la compréhension d’un document ou guider l’apprenant dans la recherche d’informations pertinentes. On peut identifier, indiquer, situer, reconnaître, reformuler, choisir par exemple.
  • Des tâches construites sur le sens : Décrire les différentes étapes d’une tâche, choisir entre plusieurs possibilités, expliquer un processus.

Avec la rédaction critique de cet article et cette ligne de conduite nouvelle, j’imagine mieux les usages que je pourrais faire des quiz et j’espère aussi que ce partage pourra vous être utile.

MàJ. du 10.03.2016

Il se trouve que Jean-Marie SALAUN confirme une partie de mon point de vue sur les quiz dans son article bilan du MOOC ArchInfo (http://archinfo01.hypotheses.org/1981). Il démontre l’aspect indicateur et point de repère pour la mesure du rythme de travail que peuvent être les quiz sur une formation à distance. D’autant plus important qu’une équipe pédagogique peut en tirer des leçons sur le parcours des utilisateurs.

MàJ du 14.03.2016

Je ne suis pas le seul à m’interroger sur le sujet : Thomas Laigle, de chez MOOC & Cie, se demande même s’il faut bannir les quiz des MOOC ?

Faut-il bannir les quiz des MOOC ?

4 commentaires


  1. « Dans le cadre de ces activités fermées et afin de les éprouver, j’ai testé la réponse à des quiz de MOOCs avec comme seul support le fichier texte du cours dans lequel je recherchais les mots-clés des questions, cela sans même lire la globalité du texte et encore moins tenter de comprendre : ça marche plutôt bien et on arrive assez facilement au taux de réussite demandé. »

    C’est vrai ! Mais, heureusement, il y a d’autres outils d’apprentissage et d’évaluation possibles. J’aime assez l’idée du quiz comme repérage de l’assiduité. Mais alors une simple vérification des taux, temps de connexion à la plateforme, nombre de pages lues et de liens suivis serait suffisante… comme dans les newsletters. La plateforme Moodle permet-elle ce suivi ?

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  2.  » il y a d’autres outils d’apprentissage et d’évaluation possibles »
    Evidemment ! Je rédige une série d’articles sur ce sujet, le Quiz n’est donc qu’une composante de la série.

    « La plateforme Moodle permet-elle ce suivi ? »
    Moodle offre plusieurs suivis possibles : http://edutechwiki.unige.ch/fr/Suivi_dans_Moodle
    C’est très précis : origine, contexte, composant, description des requêtes, etc, le tout stocké dans un historique accessible par l’apprenant ou le formateur.

    Par contre, pour ce qui est du « temps de connexion plateforme », l’indicateur est globalement très discuté : On sait tous qu’on se connecte aux plateformes et qu’on va se faire chauffer un café, qu’on répond aux mails, etc le tout en restant connecté. C’est pour ça que la tendance est de privilégier le calcul de temps d’activités.

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